Il reste aujourd’hui des traces de la guerre des Boers dans les rues de Courbevoie, il s’agit de la rue du président Kruger (prononcer « Krougueur ») et de la rue Villebois-Mareuil. La ville avait également brièvement nommé deux autres voies en hommage aux acteurs de cet épisode tragique de l’histoire coloniale.
Les deux guerres des Boers
Le terme de Boer (fermier en néerlandais) désigne les descendants des premiers colons d’origines néerlandaise, allemande et française, arrivés en Afrique du Sud aux XVIIe et XVIIIe siècles.
De 1880 à 1902, les Britanniques disputent aux Boers des territoires qui sont partie intégrante de la république d’Afrique du sud telle qu’on la connaît de nos jours.
Les Boers fondent successivement deux états : la colonie du Cap, puis la république du Natal, qui sont annexées par les Britanniques. Ils décident de fonder deux nouveaux états plus au nord : la république du Transvaal et l’état libre d’Orange.
La découverte d’or et de diamants dans ces régions va inciter l’Empire britannique à les occuper.
La première guerre des Boers se déroule du au et se solde par une victoire des Boers.
La seconde guerre des Boers dure du au

Les Boers et la France
La presse française couvre ces événements tragiques et l’opinion publique se passionne pour la cause des Boers.
La rivalité entre les deux grandes puissances dans la conquête de l’Afrique exacerbe ces tensions, surtout après la crise de Fachoda au Soudan (1898) où la mission Marchand (voir article sur notre site) est obligée de céder le terrain après un ultimatum britannique.

Le président Kruger
Après avoir participé à la première guerre, Kruger est élu président de la République du Transvaal et exerce cette fonction de 1883 à 1902.
Avec sa barbe, son haut de forme et son parapluie, il devient vite populaire en Europe. Il effectue un voyage triomphal en Europe après la fin des hostilités.

Pour l’anecdote, Kruger, marié deux fois eut la bagatelle de 144 petits-enfants.
Georges de Villebois-Mareuil
Villebois-Mareuil (Nantes 1847 – Boshof 1900) est un militaire français qui participe à la guerre franco-prussienne de 1870-1871 avec l’armée de la Loire. Il participe en 1881 à la campagne de Tunisie et devient le plus jeune colonel de l’armée française. Après avoir quitté l’armée il devient membre de l’Action française et fonde une société patriotique d’anciens combattants.
choqué par l’affaire de la mission Marchand à Fachoda, son ressentiment contre les Britanniques le pousse à s’engager à 52 ans aux côtés des Boers. Il embarque à Marseille le 26 octobre 1899 et rejoint les troupes du général Joubert au Transvaal. Il participe à plusieurs batailles mais trouve la mort à Boshof le 5 avril 1900. Ses aventures sud-africaines sont couvertes par quasiment toute la presse française (près de 9000 articles!). Sa mort provoque une vive émotion et il devient un héros national. De nombreuses rues prennent le nom de Villebois-Mareuil.
Les rues boers de Courbevoie
Emue par le sort des Boers, la municipalité de Courbevoie adhère au comité pour l’indépendance du Transvaal en 1900 et décide de donner le nom de Paul Kruger à une rue de la ville.
La voie est ouverte grâce à l’assentiment de Mme Veuve Lasserteux, propriétaire des terrains situés entre la voie ferrée et l’usine des Lampes Z au niveau de la rue Lambrechts.
Elle se situe entre la rue de Colombes et la rue de La Garenne (aujourd’hui rue Jean-Pierre Timbaud).


Kruger adresse un message officiel de remerciements à la municipalité de Courbevoie pour son soutien.

Il est convenu d’ouvrir deux nouvelles rues et de leur donner le nom de deux autres combattants boers qui se sont illustrés au combat : le général Botha et le général Dewet.

Louis Botha (1862- 1919) initialement fermier au Transvaal est élu député avant de participer activement à la guerre. Il devient commandant général des armées de la république et mène les négociations avec les forces britanniques qui aboutissent à la signature du traité de paix de .
La rue du général Botha se situait dans le prolongement de la rue Lambrechts entre la rue de Colombes et la rue de la Garenne (Jean-Pierre Timbaud).
Elle figure sur les cartes de la commune de 1907 à 1929.

Christiaan Rudolf de Wet (1854-1922) participe aux deux guerres des Boers. Il est l’un des chefs de la rébellion et met en place une stratégie de guérilla. Dewet inflige une série de revers aux Britanniques.
Ses exploits font de lui un héros légendaire, certainement le plus célèbre de tous les généraux boers. Il est également signataire du traité de paix de 1902.
La rue Dewet se situait parallèlement à la rue Kruger entre la rue de Colombes et la rue de la Garenne (Jean-Pierre Timbaud) entre la bibliothèque des Violettes et la voie ferrée.
Elle figure brièvement sur les cartes de Courbevoie entre 1907 et 1909.
En 1915, en pleine guerre mondiale, un lecteur du quotidien L’intransigeant reproche à la ville d’avoir donné à certaines de ses rues des noms à consonance étrangère, alors que des poilus français le mériteraient davantage.
La réponse est postée quelques jours plus tard par le propriétaire des parcelles:

Les deux rues Botha et Dewet n’ont jamais été livrées à la circulation et elles finiront par disparaître complètement.

Sources
- Wikipedia
- Gallica/RetroNews
- Archives municipales
