Jusque dans les années 1990, on pouvait trouver au 49 rue de Bezons le magasin de cycles Granet-Pélissier. Il portait le nom d’une illustre fratrie .
De la ferme aux podiums
Originaires du Cantal, Henri, Francis et Charles Pélissier ont vécu leur enfance dans la ferme paternelle. Un beau jour, Henri, l’ainé, se met à croire en ses chances de devenir cycliste. Contre l’avis de son père, il se lance, entraînant à sa suite ses deux frères.
Leurs carrières comme leur personnalités vont en faire des sportifs hors du commun dont on raconte les exploits dans toute la France de l’entre deux guerres.

Les trois frères Pélissier
Henri Pélissier : « La Plume » (1889–1935)
L’aîné est le plus célèbre et le plus rebelle. A 19 ans, il fuit la ferme, devient professionnel en 1911 et accumule les victoires : le Tour de Lombardie en 1911, 1913 et 1920, Milan-San Remo en 1912, Paris-Roubaix, il est resté longtemps le seul Français à avoir remporté la Grande Boucle entre 1911 et 1930.

Surnommé « La Ficelle » ou « La Plume » en raison de sa silhouette fine, il est connu pour son insolence envers les organisateurs (notamment Henri Desgrange, patron du Tour) et pour son refus de se soumettre aux règles rigides de l’époque.
Quelques citations:
« Vous n’avez pas idée de ce qu’est le Tour de France, c’est un calvaire. Et encore, le chemin de croix n’avait que quatorze stations, tandis que le nôtre en compte quinze. Nous souffrons du départ à l’arrivée. »
« Ça, c’est de la cocaïne pour les yeux, ça c’est du chloroforme pour les gencives. »

Les anecdotes le concernant sont légion:
Henri voulait du champagne sur les étapes de haute montagne, prétendant que les bulles et le sucre l’aidaient à récupérer plus vite. Ils étaient les premières « divas » du cyclisme, exigeant des standards de confort qu’aucun autre coureur n’osait réclamer.
Henri Pélissier, toujours en conflit avec l’autorité, est un jour arrêté à une frontière pendant une course internationale par un douanier zélé qui exige de fouiller son sac. Henri, agacé par le retard et le manque de respect pour son statut de champion, jette son vélo dans un fossé et déclare: « Puisque c’est comme ça, le vélo reste là, je rentre en train ! » Il faut l’intervention des organisateurs pour le convaincre de reprendre la route.
Après sa retraite sportive, son caractère irascible en fait un compagnon impossible, alcoolique et violent
En 1932, Léonie, son épouse, se suicide d’un coup de revolver.
Henri va trouver la mort le 1er mai 1935 dans sa maison de Fourcherolles, près de Dampierre-en-Yvelines. Au cours d’une dispute, il blesse Jeanne, la sœur de sa compagne, Marthe Tharault, de plusieurs coups de couteau au visage. Marthe se saisit du revolver de la suicidée et abat Henri.
Le drame fait bien sûr la une des journaux.

Francis Pélissier : « Le Colosse » (1894–1959)
Moins tempétueux que son frère Henri, il est son lieutenant fidèle et un champion accompli en son nom propre.
Plus robuste, Francis est un excellent rouleur, victorieux notamment de Bordeaux-Paris. Il est le tacticien du duo, toujours prêt à épauler son frère aîné dans la stratégie de course.
En 1924, avec son frère Francis, il abandonne le Tour à Coutances. Dans un café, ils livrent au journaliste Albert Londres un témoignage fracassant sur la dureté de la course, dénonçant l’usage du dopage et les conditions inhumaines des courses. Leur témoignage donne naissance à l’expression mythique : les « forçats de la route ».
Après sa carrière de coureur, Francis devient un directeur sportif influent. Il dirige notamment l’équipe La Perle et est l’un des premiers mentors du jeune Jacques Anquetil au début des années 1950.
Charles Pélissier : Le plus jeune (1903–1959)
Benjamin de la fratrie, Charles marque les années 1930 par son incroyable talent de sprinteur.
Il possède un palmarès exceptionnel sur le Tour de France, totalisant 16 victoires d’étapes. En 1930, il réalise l’exploit inégalé de remporter 8 étapes lors d’une seule édition.
D’autre part, il est deux fois champion de France de cross cyclo-pédestre (1927 et 1928) et remporte le circuit de Paris (1934), le critérium des » As » (1933) et les Six jours de Paris.
Peu avant la déclaration de guerre il abandonne la compétition.

Granet-Pélissier: le Temple du vélo
Quand Charles met un terme à sa carrière, il ne quitte pas le monde du vélo pour autant et monte sa propre fabrique à Levallois avant d’ouvrir avec son beau-frère le magasin de la rue de Bezons. Celui-ci devient un rendez-vous des amateurs de la « petite reine ». C’est plus qu’un magasin, c’est un musée riche d’une collection sans pareille : affiches d’époque, documents, photos, livres, revues, mais également une draisienne de 1825, un grand-bi, des motos, des tricycles… et la légende vivante derrière le comptoir.

A l’époque du Tour de France chaque année, Charles installe un tapis roulant sur lequel sont collés des petits cyclistes qui défilent en boucle alors que sont affichés les résultats de l’étape.
Le magasin survit jusque dans les années 1990 pour être aujourd’hui remplacé par un Mac Do.
Le 11 mai 2000, la collection est dispersée au cours d’une vente aux enchères.

Nous sommes en quête de photos et témoignages concernant Charles Pélissier et le magasin Granet-Pélissier de la rue de Bezons. Merci de nous contacter.
Sources:
- Le Monde: Le Tour de France, au fil de la plume / LA LÉGENDE DORÉE/ La collection de cycles des frères Pélissier dispersée à Neuilly
- Le Parisien
- RetroNewsRetroNews.fr – Le site de presse de la BnF L’Effort, 6 juin 1944
- Site TontonVelo
- GSO Parisien News
