Durenne : l’ingénieur qui a fait entrer Courbevoie dans l’ère industrielle

Portrait de Jean-François Durenne, inventeur et entrepreneur du XIXe siècle qui, entre innovation, audace et passion mécanique, a fait entrer Courbevoie dans l’ère industrielle.

La jeunesse de Durenne à Paris

Jean-François Durenne nait le 10 mai 1821 à Paris, au 37 rue du faubourg Saint Antoine (alors dans le 8e arrondissement), il est le fils d’Elisabeth Louise Françoise Royer et d’Antoine Durenne, chaudronnier. Ce métier, n’en était encore qu’à ses débuts et, grâce à son fils, il allait connaître une expansion considérable.

C’est une histoire étonnante qui raconte comment la rencontre entre la technique, la science, la volonté de la connaissance, la passion de la création mécanique et de l’action va rencontrer un siècle d’invention et un lieu propice : Courbevoie.

Après une excellente scolarité, il réussit l’école des Arts et Métiers. Il suivra son père comme ingénieur constructeur, fabricant de chaudières.

Bientôt, le développement de la vapeur comme force motrice va révolutionner le monde industriel et bouleverser les moyens de production et de locomotion.

Par sa formation d’ingénieur, il va développer une activité supplémentaire : la conception et la réalisation de nouveaux outils.

La chance va lui sourire car, après l’Exposition Nationale de 1849, son père est distingué d’une Médaille d’Or célébrant une réalisation parfaite et reçoit la Légion d’honneur « pour services rendus à l’industrie naissante ».

A la même époque, le percement du Boulevard Prince-Eugène à Paris va déclencher une procédure d’expropriation de l’usine familiale, alors située dans la rue des Amandiers – Popincourt.

Une opportunité de développement à Courbevoie

Paysage de Courbevoie vers 1835. Au fond, à gauche, le pont de Neuilly, à droite le château de Bellerive et son parc. Le long de la Seine le chemin de halage, au fond , sur la droite, le mont Valérien. Au premier plan le terrasse de l’orangerie du château de Bécon - Aquarelle de James Roberts © Musée Roybet Fould
Paysage de Courbevoie vers 1835. Au fond, à gauche, le pont de Neuilly, à droite le château de Bellerive et son parc. Le long de la Seine le chemin de halage, au fond , sur la droite, le mont Valérien. Au premier plan le terrasse de l’orangerie du château de Bécon – Aquarelle de James Roberts © Musée Roybet Fould

Des grands terrains sont disponibles à Courbevoie, où des lotissements industriels sont proposés en bordure de la Seine, dans l’ancien parc du Château de Bellerive à Courbevoie.

Un port existe au débouché du Pont de Neuilly, pour lequel Napoléon avait donné des instructions pour son développement. L’empereur visionnaire était loin d’imaginer alors que cela permettrait aux bateaux à vapeur d’accueillir ses propres cendres en 1840 à Courbevoie, avant de rejoindre les Invalides !

C’est une chance à saisir, car les terrains sont 4 à 5 fois plus vastes que ceux de Paris.

La Seine va permettre d’apporter les matériaux lourds, le charbon, l’acier et d’expédier, une fois exécutées, les lourdes machines.

En outre, l’affluence de très nombreuses usines va créer une émulation et, en quelques dizaines d’années, l’ancien parc du Château de Bellerive sera couvert de nouvelles rues et d’un immense champ d’usines.

Le Quai Napoléon à Courbevoie devient un site incontournable, relié à Paris par l’axe historique et la Seine.

Ce site va se couvrir d’usines, y compris à l’axe perpendiculaire au port : la rue de l’Abreuvoir, où existaient de nombreuses blanchisseries, se couvrira d’industries diverses, telles que par exemple société Colas, qui s’installe au numéro 10 en 1858.

Le même paysage mais vue d'avion, un siècle plus tard. Au fond on aperçoit le pont de Neuilly, le parc n'est plus qu'un champ d’usines ; le chemin de halage fait place au quai de Seine où se sont établies des usines, comme Durenne, Védrine et bien d’autres encore.Archives de Courbevoie
Le même paysage mais vue d’avion, un siècle plus tard. Au fond on aperçoit le pont de Neuilly, le parc n’est plus qu’un champ d’usines ; le chemin de halage fait place au quai de Seine où se sont établies des usines, comme Durenne, Védrine et bien d’autres encore – Archives de Courbevoie

Rencontre avec Colas à Courbevoie

L’usine Colas rue de l’Abreuvoir est principalement un fabricant de roues et de pièces détachées.

En 1863, l’usine doit répondre à une grande commande pour les chemins de fer de l’est et de l’Espagne, quand un terrible incendie détruit entièrement l’usine.

Durenne intervient immédiatement à son secours, en mettant à sa disposition de vastes locaux dans le même secteur et il remet en état les machines qui peuvent l’être.

Cela permet à l’entreprise de repartir et Colas recevra des commandes en provenance de toute la France et de l’étranger.

Usine Colas fabrication de de roues et d'accessoiresLe Panthéon de l’industrie ; BNF. Gallica
Usine Colas fabrication de de roues et d’accessoires
Le Panthéon de l’industrie ; BNF. Gallica

Une exposition et une notoriété grandissantes

Lors de l’Exposition nationale de Nantes en 1862, Il présente l’hydrotmo-purificateur de M.H.-G Wagner, construit dans les ateliers Durenne : cet appareil purifie l’eau d’alimentation des chaudières à vapeur, évitant des accidents et augmentant les performances des chaudières.

Publicité Durenne dans la Gazette de France
Dans la Gazette de France, Durenne fait la publicité de son système évitant les incrustations dans les chaudières.

Ses activités se développent dans de nombreuses directions : machines fixes de toutes sortes, mais aussi machines mobiles : tracteurs locomobiles, machines de chantiers, dragueurs, caissons, … Il s’intéresse également à la motorisation des bateaux.

En novembre 1863, il reçoit une commande de prestige : le remplacement de La Mouche, canot à vapeur du Jérôme-Napoléon,  construit par Mazeline et offert à M. de Lesseps à Suez.

A cette fin, le prince Napoléon a commandé aux ateliers de Durenne de Courbevoie une autre embarcation à vapeur en fer, de 10 mètres de long. Les installations intérieures en ont été confiées à Philippe Sylvestre, un aménageur intérieur réputé de Neuilly.

Le 14 mars 1863, Jean-François Durenne est nommé Chevalier de la Légion d’honneur.

Au printemps 1864, il participe au Concours régional d’Evreux : les locomobiles Durenne sont remarquées et le système performant de l’épurateur Wagner est longuement expliqué.

En septembre 1864, il participe à Bayonne à l’Exposition Franco-Espagnole et présente « les belles Locomobiles » de la Maison Durenne de Courbevoie.

Gravure de la locomobile de JF Durenne. Journal d’agriculture BNF Gallica
Gravure de la locomobile de JF Durenne. Journal d’agriculture BNF Gallica

La présence de l’appareil épurateur Wagner sur chacune des locomobiles est signalée et les avantages sont rappelés :

  • échauffement gratuit de l’eau d’alimentation avant son introduction, dans la chaudière créant ainsi le maintien d’une pression constante
  • épuration des matières calcaires,
  • alimentation continue et automatique, améliorant la marche de la chaudière,
  • économie de combustible,
  • construction soignée et détails d’exécution irréprochables.

On verra par la suite que ces qualités sont constantes dans les produits de cet industriel. (Journal La Célérité, septembre 1864)

Le 25 octobre 1864 le Journal La Guienne signale une action originale de Durenne : l’Opération Dock flottant à Saint-Ouen : 

« Une opération des plus intéressantes, et qui avait attiré de nombreux spectateurs, a eu lieu avant-hier à Saint-Ouen, près de Paris. Il s’agissait du lancement sur le canal d’un dock flottant d’un genre nouveau, comportant comme une immense batterie de vastes récipients tous reliés entre eux, soit une masse de 70 mètres de longueur, de 6 mètres de hauteur et de 12 mètres de largeur. »

Au concours régional du Mans s’est tenu du 30 avril au 7 mai 1865, Durenne présente trois machines contenant un appareil Wagner pour l’épuration de l’eau. Deux de grandes tailles, plus industrielle qu’agricole.

La troisième machine était de plus petite taille et présentait une particularité : elle était toute entière montée sur une plaque de fonte boulonnée sur la chaudière, de sorte qu’elle se transformait aisément en machine fixe. Cette machine a été si appréciée que le jury a décerné à M. Durenne une Médaille d’Or pour cette réalisation.

1866 visites dans les établissements industriels : « ateliers de M. Durenne « :

(…à côté de l’installation d’une vaste chaudronnerie permettant le montage de très grands générateurs. Il va pouvoir disposer de nombreux ateliers de machines-outils spécialisées. Grace à celles-ci il va mettre au point des technologies nouvelles. Employer des feuilles de tôle de grandes tailles supprimant le nombre de rivets surtout éviter ceux près du foyer, il va ainsi augmenter ainsi la sécurité. Il va concevoir des machines à cintrer deux fois plus grandes que la moyenne. Des systèmes de percement de trous en séries parfaitement espacés. Enfin il va concevoir des tubulures reliant bouilleurs et chaudières soudées à la place du système de rivets. Il monte une deuxième machine à chanfreiner, car il veut une seule fonction à chaque machine. Il conçoit une machine à percer de 6 à 7 trous en même temps sur une épaisseur de tôle de 10 à 12 mm qui lui permet d’avoir une excellente correspondance des poinçons

Les investissements sont onéreux mais amortissables rapidement si la production augmente. Les ateliers sont reliés à une fonderie permettant de couler de très grosses pièces.

Il dispose enfin d’un immense magasin avec en permanence des machines fixes et mobiles prêtes immédiatement à la vente de 2 à 30 chevaux. »

Les écluses de Suresnes

L’ère des bateaux à aubes a été remplacés par celle des navires à hélices. Plus performantes, elles exigent une plus grande hauteur d’eau disponible. Des écluses vont alors se multiplier.

L’entreprise Durenne participera à la fabrication et à la pose des écluses de Suresnes en 1868.

L’usine de Colas a repris ses activités.

En 1867 une commande de l’Exposition Universelle de l’état mobilise de nombreux ouvriers. Ils sont alors plus de 150 à travailler, jour et nuit, pour parvenir à tenir les délais, ce qui fut fait !

Développement et diversification

L’usine se développe et se diversifie. À l’époque, la voirie utilise des tonneaux pour nettoyer les rues.

Durenne va aider son ami Colas à concevoir un véhicule hippomobile tirant un réservoir en tôle en taule pour remplacer les tonneaux municipaux, il le conseillera également pour concevoir d’autres véhicules utilitaires.

En 1867, Durenne présente sa nouvelle chaudière à l’Exposition Universelle et il devient une référence dans ce domaine.

L’année suivante en 1868, l’Exposition maritime internationale du Havre expose différents modèles de machines fonctionnant avec les chaudières Durenne.

L’arrivée de la Guerre de 1870

A l’arrivée de la Guerre de 1870, l’armée appelée au front avait déserté Paris.

Tous s’étant lancés sur le front de l’est, Paris était livré à lui-même et Le Gouverneur de Paris confia à la Garde à cheval la responsabilité de maintenir l’ordre et la cohésion dans la ville.

La Garde Nationale à Cheval à Paris et Durenne, commandant du 4e Escadron

Si la situation se structurait progressivement, le trouble général subsistait, annonçant déjà les troubles futurs.

Au lendemain du 4 septembre les hommes en mission croisaient « l’inspection matinale de messieurs des faubourgs » qui raflaient tout ce qui était aux armes impériales, y compris sur les monuments ou les devantures de magasins. La rencontre entre cavaliers et citoyens déclenchait la chasse aux aigles.

Les uniformes attiraient d’autant plus les regards qu’ils regorgéaient de volatiles cuivrés : « La tenue des gardes était une fortune pour ces amateurs d’oiseaux en cuivre, car chacun en portait cinq ou six : un sur le schapska, un sur la giberne, un troisième sur le poitrail du cheval, deux sur la schabraque, un sixième sur la boucle du ceinturon, seuls les boutons étaient vierges »

Pour éviter tout nouvel ennui, le restant fut enlevé avant le départ pour le Louvre, créant ainsi la nouvelle tenue de campagne : à l’importante coiffure schapskas fut substitué le Képi écarlate à turban bleu et à liserés blancs, puis ce fut les épaulettes et la fourragère.

Portrait du capitaine JF Durenne commandant le 4ème escadron de la Garde à cheval à Paris en 1870 - BNF Gallica
L’image ci-dessous est tiré du livret sur « La Garde Nationale à cheval » le cavalier de droite est dessiné avec son équipement originel complet, celui de gauche en tenue de campagne allégée. Notez comme leurs tenues militaires ressemblaient à celles des soldats de la Guerre de Sécession – BNF Gallica.

En 1852, Durenne avait fait partie de la Garde à Cheval où il était apprécié de ses pairs.

Quatre compagnies de garde à cheval furent créées et Durenne fut chargé de commander la 4e compagnie.

Portrait du capitaine JF Durenne commandant le 4ème escadron de la Garde à cheval à Paris en 1870 - BNF Gallica
Portrait du capitaine JF Durenne commandant le 4ème escadron de la Garde à cheval à Paris en 1870 – BNF Gallica

Ces compagnies ont aussi joué le rôle d’estafette, assurant le lien entre la tête du commandement et la Défense de Paris durant la guerre.

Après la défaite de Sedan en septembre 1870, les uniformes et leurs insignes impériaux étaient mal vus de la population, ce qui a donné lieu à des anecdotes cocasses, la vue de certains insignes militaires n’étant pas du goût de tous.

Lorsque les forces de l’ennemi se sont retrouvées devant Paris, il fut important  de montrer ses forces militaires et ses canons.

L’invasion et le siège de Paris

L’armée ennemie victorieuse entourant la capitale, les portes de Paris furent fermées. Les maires des communes limitrophes, comme Courbevoie et Puteaux et d’autres se transportèrent à Paris, où s’étaient réfugiés les membres de Conseil municipal… à l’exception d’un conseiller resté sur place pour organiser les secours car tout commencer à manquer, les vivres, les chaussures, le charbon…

A Paris les 630 cavaliers commençaient à manquer de fourrage pour leurs chevaux et les 4 escadrons de la légion de cavalerie organisaient régulièrement des déplacements pour marquer leur présence.

On demanda notamment au 4ème escadron commandé par le capitaine Durenne d’organiser une expédition de reconnaissance vers la Redoute du Moulin-Saquet.

Le nombre de canons étant notoirement insuffisant pour assurer la défense de Paris, il fut décidé d’ouvrir une souscription pour financer de quoi fondre de nouveaux canons : « Ce fut le capitaine commandant le 4éme escadron, l’éminent constructeur de Courbevoie, M. Durenne qui voulut bien s’occuper de ces soins. Il ne se contenta pas de choisir nos pièces, il en fut le parrain en les nommant avec un grand sentiment de couleur locale : « Le Trot », « Le Galop »… ces noms, très heureusement donnés, furent gravés, sur chaque pièce avec la dédicace suivante « Offert par la Légion de cavalerie de la Garde Nationale. Paris 1870 »

Dessin d’après l’image partielle du 4ème Escadron de Durenne ramenant les 2 canons. BNF Gallica
Dessin d’après l’image partielle du 4ème Escadron de Durenne ramenant les 2 canons. BNF Gallica

Dressant le bilan de cette période, un article de la Revue des Escadrons fait remarquer : « Le 4ème escadron est certainement celui qui a été le plus favorisé pendant le siège : il s’est trouvé mêlé au plus grand nombre d’affaires – Tout y marchait –  bien que ce fut de la cavalerie-tambour battant. Son capitaine commandant, était déjà lieutenant en 1852, c’est-à-dire qu’il avait le temps de connaître tous ses camarades et de s’en faire aimer »

De 1868 à 1872, Durenne engage M Levassor qui va ensuite s’associer avec Messieurs Perrin et Panhard. Il est un des fondateurs de L’Automobile-Club de France.

Après la fin de la guerre, Jean-François Durenne est élu maire de Courbevoie.

Durant son mandat, de février 1872 à novembre 1873, il dût faire face à de grosses inondations, notamment celle de 1872, que raconte la Gazette des étrangers :
« A Neuilly, le fleuve est complétement débordé, entre le pont et Asnières. Sur la rive gauche, c’est-à-dire à Courbevoie, le quai est envahi, et l’usine de M. Durenne, constructeur, a littéralement les pieds dans l’eau. Sur la rive droite, le parc de Neuilly est inondé jusqu’à une distance de 20 mètres environ au-delà du quai. L’île de la Jatte est en partie sous l’eau, l’ile de Neuilly est complètement submergée… »

Le maire Durenne réunit ses adjoints, le commissaire de police et plusieurs membres de son bureau de bienfaisance pour dresser la liste des 41 familles en détresse et organiser les secours.

Le Figaro se mobilise avec un article et monte une opération pour récolter et distribuer les premiers subsides d’urgence aux sinistrés des communes de Courbevoie, d’Asnières et de Gennevilliers. D’autres actions suivront.

Figaro 1872 Les inondés de la Seine : l’action des maires et de Durenne

Puis, de 20 février 1874 au 12 février dans 1878, ce fut Colas qui devint maire de Courbevoie.

En 1871 l’entreprise a pu reprendre ses travaux sur 10 000 m², où officient 200 ouvriers.

En 1876, il fabrique une roue en 45 min, là où un charron seul va mettre à jour pour réparer une roue.

La pompe à incendie pour les compagnies de sapeurs pompiers

En 1888 est inventée la pompe Durenne et Krebs, du nom du pompier qui a participé à la mise au point de la pompe à incendie à vapeur.

Mise au point de la pompe Durenne (sur la Photo) et Krebs en 1888
Mise au point de la pompe Durenne (sur la Photo) et Krebs en 1888

EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1889

Compagnie de Sapeurs-pompiers de Courbevoie vers 1890Au centre la pompe à vapeur de Durenne
Compagnie de Sapeurs-pompiers de Courbevoie vers 1890n : au centre la pompe à vapeur de Durenne

Pour Durenne, l’Exposition universelle de 1889 est l’opportunité d’exposer sa chaudière d’un nouveau type, qui sera adoptée par le régiment des sapeurs-pompiers de Paris.

Pompe à vapeur Durenne 1888. Photo en provenance des Archives de Courbevoie
Pompe à vapeur Durenne 1888. Photo en provenance des Archives de Courbevoie

« Le problème consistait à avoir un générateur léger, puissant sous un faible volume, et d’une mise en pression rapide. Pour obtenir ce triple but, M. Durenne a remplacé les tubes d’une chaudière Field par un faisceau de petits tubes curvilignes en cuivre, faisant communiquer le bas de la couronne d’eau entourant le foyer avec le ciel de celui-ci… »

Nouvelle pompe lourde Durenne devant être tirée par des chevaux
Nouvelle pompe lourde Durenne devant être tirée par des chevaux

En 1890, de nombreux journaux ont repris ces informations techniques après l’Exposition Universelle de 1889 (Journal des Brasseurs, Le Guetteur journal de St-Quentin).

En avril 1891 le journal Le Technologiste livre un article très complet avec deux illustrations :

  • la Chaudière légère multitubulaire à tubes curvilignes, grand modèle destiné à être tirée par des chevaux
  • un nouveau modèle de pompe à incendie à bras, pouvant être tirée par deux pompiers.
Nouvelle pompe à incendie légère Durenne pouvant être tiré à bras- BNF Gallica
Nouvelle pompe à incendie légère Durenne pouvant être tiré à bras- BNF Gallica

Durenne le navigateur

Nous ne pouvons pas terminer cette biographie sans évoquer la passion de Jean-François Durenne pour la navigation sur les fleuves franciliens et au-delà.

Parallèlement à toutes ses activités, il s’est passionné pour les constructions nautiques. On découvre dans les potins mondains de petits articles comme en 1868 :

«  …On nous annonce l’arrivée au havre du charmant petit yacht à vapeur l’Eole, que son propriétaire, M. Durenne, a construit lui-même. Il mesure12 mètres de longueur, et possède un éperon et deux hélices, placées de chaque côté de l’étambot. Cette charmante embarcation a figuré l’an dernier dans les régates de l’exposition ».

Gravure de la locomobile de JF Durenne. Journal d’agriculture BNF Gallica
Gravure de la locomobile de JF Durenne. Journal d’agriculture BNF Gallica

Dans les numéros de la revue Yacht, il y avait régulièrement une publicité avec un dessin de son bateau et il participait à de très nombreux événements nautiques.

Jour de course à Courbevoie ; les départs se faisait devant les usines de Durenne et de Védrine – Carte postale 1903

 

Jour de course à Courbevoie ; les départs se faisait devant les usines de Durenne et de VédrineCarte postale 1903
Durant sa retraite, il s’adonnera pleinement aux plaisirs de la navigation.

Jean-François Durenne est décédé le 10 avril 1909.

Il laisse à la postérité une liste impressionnante de constructions :

Aperçu des divers constructions exécutées par JF Durenne, constructeur-mécanicien à Courbevoie (1889)

1° Pour l’industrie
Générateurs de vapeur à bouilleurs, semi-tubulaires, tubulaires, à retour de flamme, à foyer amovible, etc.
Réservoirs à air comprimé, à alcool, à pétrole, etc.
Gazomètres ordinaires et télescopiques.
Chaudières de grandes dimensions pour le traitement du pétrole, de la stéarine, des produits chimiques et en général tous les appareils quelconques de chaudronnerie en usage dans diverses industries.

2° Pour la Marine
Nombre de bateaux à vapeur, chalands, avisos, chaudières de machines et machines de marines, chaudières de torpilleurs, et pour le port de Cherbourg, en particulier : les bateaux-portes des formes de radoub, le ponton-mâture et des grues de chargement : machines d’épuisement et pompes, torpilles et carcasses de torpilles.

3° Pour la Guerre
Nombreux affûts de canon en acier, avec roues brevetées, affûts de côtes, affûts marins.

4° Appareils divers de chauffage et de ventilation
Notamment pour l’Hôtel-Dieu de paris et les Manufactures de tabacs et divers autres établissements de parfumerie, de parfumerie, de produits chimiques, etc.

5° Pour les Chemins de fer
Chaudières de locomotives, ponts, signaux, barrières, réservoirs, machines et pompes d’alimentation.

6° Ponts et Chaussées
Portes d’écluses, fermettes pour barrages, Ventelles d’aqueducs, caissons à air comprimé, chambres d’équilibres et cheminées, pompes à air et d’épuisement.

 7° Pour la navigation
Chalands, péniches, bateaux et yachts de plaisance à vapeur, avec chaudière brevetée.

8° Matériel d’incendie et de secours
Pompes à vapeur et leur matériel ; appareil à air comprimé pour feux de cave ; bateau à appareil d’épuisement rapide pour sauvetage, etc.

Tous ces importants travaux ont valu à cet établissement les plus hautes récompenses à toutes les expositions, notamment

  • à Paris en 1839,1844, 1849, 1855
  • Londres 1862
  • Paris en 1867
  • Le Havre 1868
  • Amsterdam 1869
  • Paris 1878
  • Amsterdam 1883
  • Sydney et Melbourne

Décorations : deux nominations dans la Légion d’honneur et la Croix d’officier du Medjidié à Constantinople en 1864.

Sources : Archives de la SHC, de la ville de Courbevoie et du musées Roybet Fould. BNF Gallica.  Garde Nationale à cheval pendant le siège de Paris ; Dessins de H. Lalaisse, R. Gourbis et de Edmond Morin.