Courbevoie dans la guerre: l’épuration

Après les jours de fête de la Libération vient le moment de rendre des comptes pour les « collabos »

La police

La commune s’est distinguée par une action rapide menée par la Résistance locale dès les premiers jours de l’insurrection d’août 1944.

Les FFI locales ciblent immédiatement les forces de l’ordre ayant collaboré activement avec l’occupant allemand.

Des résistants locaux ont rapporté avoir devancé l’épuration civile pour « cueillir tous les policiers collaborateurs que nous connaissions dans notre secteur » afin de les incarcérer provisoirement avant de les remettre officiellement à l’Inspection générale des services (IGS).

« Pour affirmer leur légitimité récente, les « résistants » se doivent d’épurer leurs rangs. Comme dans toutes les administrations d’État, des comités d’épuration vont donc se constituer. L’action de nettoyage entreprise au sein de l’institution policière est entreprise sous la direction de l’Inspection générale des services (IGS), dont l’ancien cheminot Ayraut, nommé préfet à cet effet, prend la direction. Si bien que les différentes commissions des comités d’épuration sont animées par des militants du PCF ou des sympathisants. Jean Fradet, qui fut l’un des acteurs de cette épuration, explique:
« À Courbevoie, dès le début de l’insurrection, nous avons commencé par aller cueillir tous les policiers collaborateurs que nous connaissions dans notre secteur. Sous les ordres de nos responsables résistants, on les a mis à l’ombre avant de les livrer à l’Inspection générale des services. Nous ne nous sommes pas occupés des collaborateurs civils car ce qui nous préoccupait c’était l’épuration au sein de notre commissariat, parmi les gradés et les gardiens. »Mis à part le fait que les ralliés de la dernière heure sont souvent les plus acharnés à conduire l’épuration, la tâche est immense si les résistants authentiques désirent réellement faire le ménage… »      L’épuration de la police et la revanche des épurés… Maurice Rajsfus

L’épuration économique et industrielle

Courbevoie possédait un tissu industriel important, notamment dans la mécanique et l’automobile, qui avait été fortement réquisitionné par l’effort de guerre allemand.

Les comités de libération ciblent les usines locales ayant fait preuve d’un zèle excessif avec l’occupant. Le cas de la BOMAP (Société de boulonnerie et de matriçage), une importante entreprise aéronautique implantée à Courbevoie, illustre cette dynamique. Face à l’avancée alliée, la direction avait tenté de replier son usine à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). Sur demande expresse du Comité local de libération, son directeur y est arrêté et interné pour des faits liés à la production de guerre aéronautique livrée aux Allemands.

Le directeur de Bronzavia, usine considérée comme stratégique et cible d’un sabotage armé de la résistance, est condamné à l’indignité nationale.

Siège du MLN – 12 rue Barbès – Collection Michel Jouanneau – (colorisé par IA)

Le cas Grisoni

Le cas du maire de Courbevoie André Grisoni sera traité à part dans une autre article.

Les commissions d’épuration

Sous l’égide du Comité local de libération (CLL) de Courbevoie, une commission locale est instituée pour examiner la conduite des citoyens et des fonctionnaires municipaux pendant l’Occupation.

La commission de Courbevoie examine minutieusement  plus de 350 dossiers avec une gamme infinie d’accusations et de situations individuelles souvent complexes pour distinguer la collaboration idéologique de la contrainte matérielle.

Elle doit notamment statuer sur le cas des habitants partis travailler en Allemagne en cherchant à déterminer si le départ était basé sur un volontariat réel ou dicté par la nécessité économique ou la contrainte du STO.

De nombreux dossiers concernent des adhésions aux partis collabos, en particulier le RNP (Rassemblement national-populaire) de Marcel Déat (lui-même ancien député SFIO) qui se présentait comme ancré à gauche. Des syndicalistes et militants l’ont rejoint et ont suivi la dérive vers la collaboration. D’autres y ont adhéré en pensant pouvoir bénéficier d’appuis pour libérer des proches détenus en Allemagne.

Pas d’ambiguité idéologique pour ceux qui ont adhéré à l’autre grand parti collaborationsite de Doriot(même s’il a été lui-même un des dirigeants du Parti communiste), le PPF (Parti populaire français) est depuis 1936 le parti qui se réclame du fascisme.

Les Courbevoisiens qui l’ont suivi se sont parfois engagés dans la LVF (Légion des Volontaires français contre le bolchévisme) puis dans la Milice ou même la Waffen SS française. Beaucoup sont en fuite et activement recherchés à la Libération. Ceux qui ont été arrêtés sont renvoyés devant une cour de justice installée à Drancy qui statuera sur leur sort: prison et condamnation à l’indignité nationale.

Le cas particulier des dénonciateurs présumés du photographe clandestin Raoul Minot est traité à part. (voir article « Raoul Minot (1893-1945), le héros retrouvé de Courbevoie« )

Les femmes et les « justiciers » de la rue

À Courbevoie comme ailleurs, des dossiers de police consignent des enquêtes sur des femmes accusées de « collaboration horizontale », de dénonciations ou d’avoir profité matériellement de leurs relations avec les autorités allemandes.

Un cas assez extrême de « collaboration horizontale »

Dans les cas où de jeunes femmes ont eu une relation amoureuse avec des soldats allemands, l’affaire est classée sans suite. Pour tous les autres dossiers concernant les femmes, les situations entrent souvent dans des zones grises. Par exemple, une épouse battue a dénoncé son mari comme résistant pour s’en débarrasser ou bien une jeune fille fiancée à un soldat allemand est aussi accusée de délation.

De nombreuses affaires font d’ailleurs suite à des dénonciations qui une fois vérifiées donnent lieu à des témoignages contradictoires.

Enfin, il existe aussi des dossiers sans équivoque. Dans certains cas , des femmes ont participé au marché noir sous la protection de militaires allemands ou collaboré activement avec la Gestapo.

Dès la Libération, beaucoup cherchent à soulager leur colère et des scènes de « justice de rue » ont lieu à Courbevoie. Dans le document exceptionnel ci-dessous, on voit des femmes déjà  tondues avec une croix gammée dessinée sur leur crâne tandis qu’un coiffeur (celui du 1 rue de Colombes) est en train d’officier sur la gauche, le tout sous les yeux d’un policier en uniforme au premier plan. Les témoins de la scène semblent surtout attentifs et passifs.

Moins d’une dizaine de femmes auraient subi ce sort à Courbevoie. Il est difficile de savoir quelles ont été les fautes ou crimes qui étaient reprochés aux femmes tondues.

1944 – Collection Michel Jouanneau (colorisé IA)

Sources