A la Belle Epoque, la société des Cycles Griffon a été un des fleurons de l’industrie du cycle pendant une trentaine d’années, produisant de remarquables vélos, motocyclettes, cyclecars et surtout de magnifiques affiches.
Née à Courbevoie
Fondée par Eugène Peugeot, la société des Cycles Griffon s’installe au 40 rue Louis Blanc.
En 1906, le rapport sur l’état des communes décrit ainsi l’usine:
La fabrique de cycles, située, n° 40, rue Louis-Blanc, a été fondée en 1900 sur un terrain de 4.000 mètres superficiels. Elle emploie un personnel de 120 à 140 ouvriers et dispose de 2 moteurs à gaz de 50 chevaux chacun et d’une dynamo de 120 volts-167 ampères servant à l’éclairage de l’usine. La force motrice actionne 40 machines-outils servant à la fabrication des cycles, motocyclettes et tricars Griffon qui constituent la spécialité de la maison. Ces diverses machines sont munies d’un changement de vitesse dans le moyeu arrière. Les guidons répondent à 4 types différents : le guidon droit, le guidon légèrement relevé, le guidon demi-cintre et le guidon cintré. Enfin les cadres de bicyclettes ont la fourche arrière à double pont et les haubans brasés aux deux bouts. Les affaires à l’exportation représentent à peu près le 1/20 du chiffre total. La production annuelle s’élève à 8.000 ou 10.000 vélocipèdes, 1.000 motocyclettes et 100 tricars, sans compter les pièces détachées pour bicyclettes qui se vendent séparément.
(source: Etat des communes/ Courbevoie – p.136 – 1906)


Le pionnier des motocyclettes
Griffon construit ses premières motocyclettes en 1902, en utilisant l’un de ses modèles de bicyclettes comme base, auquel elle adapte un moteur Zédel. Le développement est rapide, et l’année suivante elle présente dix modèles différents au Salon de Paris. Les succès en compétition suivent, et en 1904 l’une de leurs machines atteint la vitesse alors stupéfiante de 110 km/h (65 mph). À ce stade, les pilotes de l’équipe d’usine comme les privés roulant sur des Griffon dominent les épreuves.
En août 1904, le Motor Cycle Club de France offrit une coupe de grande valeur pour une course internationale annoncée huit semaines à l’avance. La France aurait gagné dans tous les cas, mais un délai si bref ne nous laissait aucune chance de préparer une équipe.
Un parcours de 168 miles (270 km) en cinq tours près de Dourdan fut choisi, et le club français organisa des essais éliminatoires le 11 septembre sur le parcours même. Treize pilotes disputèrent les trois places, toutes remportées par des machines Griffon. Le vainqueur réalisa une moyenne de 46,5 miles à l’heure (74,8 km/h), un bel exploit pour l’époque.
(D’après Reminiscences of Motor Cycling, par Ixion — Canon Basil Davies, BA.)

Une marque prestigieuse
Dans les salons de l’Automobile, Griffon occupe une place d’honneur.
La société GRIFFON, Courbevoie, présente une motocyclette de tourisme très légère, équipée d’un moteur Clément fixé sur le tube principal. Le réservoir d’essence est porté par une paire de fourches avant doublées. La bobine est placée derrière le tube diagonal, et la batterie suspendue sous le tube horizontal. La transmission se fait par une courroie en cuir de petit diamètre, avec un galet tendeur pour le réglage. Un frein sur la jante arrière et un frein sur le pneu avant sont montés. Le poids total de la machine est de 65 livres (environ 29,5 kg), et son prix atteint le chiffre très bas de 30 £.

Salon de Paris 1902
Griffon, de Courbevoie et Paris, présente une exposition très intéressante de motocyclettes. On y trouve une machine standard de 2 ch, avec moteur vertical monté entre le tube inférieur et le boîtier de pédalier, et une transmission par courroie torsadée. Un carburateur Longuemare est installé, ainsi qu’un puissant frein à courroie sur la jante arrière, complété par un frein à levier sur la jante avant.
Un autre modèle, avec moteur disposé de manière similaire, possède une transmission par engrenage et chaîne de pédalier vers un moyeu arrière à deux vitesses. Celui ci est commandé par un petit levier placé sur le tube supérieur.
Un troisième modèle est équipé d’un moteur de 1½ ch, disposé selon les principes de Minerva.
La célèbre motocyclette de course, utilisée aux meetings de Gaillon, Château Thierry et Deauville, est également exposée. Le moteur est de dimensions énormes, et il est remarquable que le cylindre soit dépourvu de radiateurs, tandis que la culasse en possède de très grands. La courroie utilisée est d’un type spécial, composée de couches de cuir de différentes épaisseurs et entièrement rivetée d’acier sur toute sa longueur, comme une chaîne. Le réservoir d’essence est de très petite taille, en forme de torpille, afin de réduire la résistance à l’air.
Motor Cycling, 17 décembre 1902

La marque « Griffon » au salon de l’Automobile.
1905. Courbevoie « Griffon », 40, rue Louis-Blanc.
Les motocyclettes, dont cette maison s’est fait la spécialité, sont assez universellement connues pour que nous ne nous appesantissions pas sur des descriptions qui ont été maintes fois répétées ; tout le monde sait évidemment ce que c’est qu’une motocyclette, soit pour en avoir usé, soit pour en user encore, soit enfin pour vouloir en user dans l’avenir.
Parmi les dernières nouveautés créées par cette maison nous pouvons donner quelques indications sur les particularités qui devront attirer plus spécialement l’attention des intéressés.
Outre le carburateur Longuemare, sur lequel rien de spécial ne peut être signalé, et qui pourrait tout aussi bien être remplacé par un autre système sans aucun inconvénient, on pourra être frappé par le dispositif d’allumage qui, étant placé en haut, met cette partie si sensible de la machine à l’abri de l’huile, de la poussière, etc., et qui permet un réglage très facile sans avoir à descendre de la machine, dispositif appliqué aux modèles à 1 cylindre de 2 3/4 et 3 1/2 HP, qui sont les types classés et adoptés pour machines de tourisme.

On connaît aussi les modèles à 2 cylindres 3 1/2 et 5 HP qui sont suffisamment connus pour que nous n’entrions pas une fois de plus dans de longs détails, mais ceux de1906 possèdent quelques perfectionnements que nous avons cru relever et qui consistent en ce que le cadre brisé est d’une forme nouvelle ainsi que le moteur avec allumage à 2 trembleurs et allumage magnéto placé dans le réservoir comme aux types monocylindriques.
Le Mois scientifique et industriel – Novembre 1905
Griffon, à Courbevoie. — Toute une série complète de motos, grosses surtout (pour nous tout au moins), le modèle de 1 ch. 3/4 possède un démultiplicateur, le moteur a un alésage de 64 mm., une course de 68 mm. C’est un moteur Zedel, comme tous ceux de cette marque. Accumulateur Dinin, bobine et bougie Nieuport. A noter un frein sur le démultiplicateur. Vitesse 35 kilomètres, poids 40 kg.
Le Cycliste – 1er janvier 1909
Les motocyclettes produites dans les années suivantes comprennent des monocylindres de 2¾ ch et 3 ch, ainsi que des modèles bicylindres de 3½ ch et 5 ch.
La gamme de tricars et cyclecars
Entre 1906 et 1910, Griffon diversifie sa production et fabrique des tricars et des cyclecars équipés de moteurs monocylindres Aster et Buchet.

Les affiches flamboyantes
Griffon fait appel à des affichistes renommés pour promouvoir sa production: Walter Thor, Jean Matet, Misti, Cazenove ou Teheleu vantent tour à tour les mérites de la marque en mettant en scène des jeunes femmes élégantes, des champions sportifs ou des familles heureuses.



La perte de l’indépendance
Dans les années précédant la Grande Guerre, Griffon entre en déclin, et peu après l’Armistice fusionne avec Peugeot. En 1926, Peugeot Cycles et Peugeot Automobiles sont séparés, et à partir de 1927, les gammes de modèles des deux marques deviennent presque identiques.

Dans les années 1950, Peugeot forme la société France Motor Cycle (FMC), qui regroupe les marques Aiglon, Automoto et Griffon.
Sources:
- Gallica/BNF
- Wikipedia
- site yesterdays.nl
