Non seulement Rimmel s’est fait un nom dans le monde de la parfumerie, mais il s’est aussi fait un nom commun. Le « rimmel » est devenu synonyme de maquillage des yeux. Une partie de sa production a longtemps été fabriquée à Courbevoie.
Une histoire de famille
Eugène Rimmel s’initie au commerce de la parfumerie grâce à son père, Hyacinthe Mars Rimmel, qui avait lui-même appris le métier en faisant un apprentissage chez Lubin, une maison française fondée par Pierre-François Lubin (1774-1853) en 1798 (les Parfums Lubin installeront leur fabrique à Courbevoie en 1900).

En 1830, Rimmel père s’installe à Londres pour travailler chez Delcroix, une parfumerie alors située au 158 New Bond Street. Madame Joseph Delcroix avait demandé à Lubin de lui trouver un remplaçant pour son mari, décédé en 1826, et Lubin lui avait suggéré Rimmel.
Rimmel père ouvre sa propre entreprise au 48, Albemarle St, dans le quartier de Piccadilly, en 1834. Eugène Rimmel rejoint son père à Londres et, à l’âge de 16 ans, est embauché par un négociant en sucre des Antilles. Trois ans plus tard, père et fils forment un partenariat qui dure jusqu’à la retraite à Nice de Rimmel père.
Lors de la Grande Exposition de 1851, Eugène Rimmel bénéficie d’une large publicité pour la fontaine à parfum qu’il a créée pour l’occasion.
La renommée de Rimmel s’accroit encore après la publication de son Livre des parfums en 1864, année où il ouvre une boutique dans le West End, au 128 Regent Street. De nouvelles adresses fleurissent dans Londres.

D’autres sites de production à Neuilly (France) et à Bruxelles (Belgique) approvisionnent les dépôts continentaux de Rimmel à Paris, Bruxelles, Anvers, La Haye, Amsterdam et Florence. Rimmel avait ouvert un dépôt au 17 boulevard des Italiens, à Paris, dès 1860, mais celui-ci est transféré dans un magasin plus luxueux au 9 boulevard des Capucines en 1880.
Rimmel s’installe à Courbevoie
Rimmel posséde des jardins fleuris et une distillerie au 16, route de Turin, à Nice. Les produits niçois étaient mélangés à ceux de Grasse pour élaborer les parfums floraux Rimmel, avant d’être expédiés via la Manufacture d’Exportation Rimmel située au 2, rue de l’Est, à Neuilly. Nombre de gammes Rimmel étaient moins coûteuses à fabriquer en France qu’en Grande-Bretagne, même après le paiement des droits de douane britanniques, ce qui assurait une activité soutenue à la branche française de l’entreprise.

En 1894, Rimmel décide d’installer une usine à Courbevoie au 16-18 rue Ficatier « dans un ancien relais de poste dont subsistèrent longtemps écuries et mangeoires. »
Elle est décrite comme suit dans L’Etat des communes/ Courbevoie – 1906 – p.144 ) :
« Une maison située rue Ficatier n° 18, sur un terrain de 1.000 mètres superficiels, fondée en 1834 (force électrique de 6 chevaux et personnel de 18 à 20 ouvriers ou employés, 2/3 des affaires à l’exportation ; succursale à Londres) ».

Le conditionnement est réservée aux femmes tandis que les hommes sont affectés à la fabrication des savons.
Une impressionnante gamme de produits
Outre la fabrication de parfums, de savons et de cosmétiques, Rimmel produit une vaste gamme de produits en papier, dont beaucoup étaient imprimés par Rimmel et tous parfumés avec ses propres parfums. On y trouve notamment des almanachs, des cartes pour la Saint-Valentin, Pâques, Noël et autres occasions spéciales, ainsi qu’un large choix d’articles cadeaux originaux. A noter que nombre des illustrations qui les décorent sont l’oeuvre d’un autre Courbevoisien, l’affichiste Jules Cheret, ami de Rimmel.

L’entreprise a également imprimé des programmes parfumés sur soie pour plusieurs théâtres londoniens. Certains théâtres ont aussi parfumé leurs salles avec des parfums Rimmel grâce à un diffuseur aromatique Rimmel utilisant la vaporisation de vapeur pour libérer des fragrances florales dans l’air. Rimmel a également recommandé ces diffuseurs pour désinfecter l’air des hôpitaux, des chambres de malades et d’autres lieux, après avoir remplacé les fragrances florales par des huiles essentielles comme le romarin et la lavande.

La conviction de Rimmel quant aux propriétés désinfectantes de certaines substances aromatiques l’a également conduit à développer son ozoniseur aromatique. Il s’agissait d’une poudre de sciure de conifères imprégnée d’huiles essentielles volatiles de pin et d’eucalyptus. Placée dans un bol comme un pot-pourri, elle était laissée à s’évaporer. Rimmel affirmait qu’elle générait de l’ozone, désinfectant ainsi l’air tout en diffusant un parfum frais de forêt.

Rimmel ajoute de nouveaux articles à la gamme paternelle, notamment des crèmes pour le visage, des poudres, des fards à joues liquides et en poudre, et du maquillage pour les yeux. À l’instar d’autres parfumeurs, Rimmel produit également des cosmétiques dans différentes gammes de parfums.
PRODUITS POUR ILLUMINER LE TEINT. — La Crème d’Ispahan de Rimmel, un cosmétique entièrement nouveau et élégant, d’une qualité exceptionnelle pour éclaircir le teint et l’embellir. Le Lait de Concombre, ésor pour la peau (préparé selon la célèbre recette de Lubin), un cosmétique très apprécié pour adoucir et embellir la peau. Le Serkis des Sultanes, utilisé dans les cours de Perse et de Turquie, pour rafraîchir et adoucir la peau : H. Rimmel recommande tout particulièrement ce produit. Le Lait de Roses de Rimmel, grandement amélioré. Crème Froide Améliorée. Pâte d’Amande au Miel. Pâte d’Amande à la Reine, parfumée. (Extrait d’une publicité Rimmel, 1837)
Parmi les nouveaux produits de soin de la peau lancés par Rimmel, on trouve la Lotion pour la Peau (vers 1852), également connue sous le nom de Lotion Rimmel, destinée à améliorer le teint. Elle se présentait sous deux formes : la n° 1, conservatrice, et la n° 2, curative. La Lotion « Rosée de Mai », un nettoyant pour le visage, les bras et le cou, pouvait remplacer le savon pour les femmes à la peau délicate. Enfin, la gamme proposait une Crème d’Avoine Parfumée à la Violette (1866) pour adoucir les mains.

Les poudres pour le visage comprenaient : la poudre de feuille de rose, la poudre de riz et la poudre de violette ; Blanc Marimon (vers 1878), un blanc liquide approuvé par la chanteuse d’opéra Marie Marimon ; Poudre de Beauté (vers 1881) parfumée à l’héliotrope blanc ; Poudre de Perline (vers 1866) faite de poudre de perle ; et Velvetine, une poudre de toilette dans les teintes Blanc, Blanc-Rosé et Rachel.

En 1860, Rimmel créa Oriental Scunouda, une crème froide incolore censée donner aux joues un éclat naturel et sublime. La marque commercialisait également deux fards à joues : le Hebe Bloom en poudre et le Liquid Rose Bloom, à la formule indélébile.
La gamme de maquillage pour les yeux Rimmel comprenait des crayons à sourcils noirs, bruns et blonds, ainsi que du khôl égyptien pour foncer les paupières. Mais le plus important fut sans doute le New Cosmetique de Rimmel. Lancé au plus tard en 1855, il est souvent décrit comme un précurseur du mascara, mais il avait été conçu pour foncer les cheveux, les barbes ou les moustaches des hommes, et non les cils des femmes.


Fin de partie
Si Eugène Rimmel meurt en 1887, l’entreprise perpétuée reste longtemps dans sa famille avant de devenir internationale.
Quant au site de Courbevoie, il survit aux crues de la Seine, à la crise de1929 et même à un incendie en 1932.
Hier, à 13 h 30, un incendie s’est déclaré à la parfumerie Rimmel, 18, rue Ficatier, à Courbevoie.
On suppose que la cause du sinistre est due au surchauffage d’un poêle.
Les dégâts s’élèvent à 150 000 francs. Il n’existe aucune suspicion de crime.
Les 60 ouvriers de la parfumerie ne seront pas en chômage. L’Ami du peuple, 3 déc. 1932
La légende Rimmel est entrée dans la culture populaire, Léo Ferré chante:
« T’as l’Rimmel qui fout l’camp
C’est l’dégel des amants
Jolie môme… »
L’usine de Courbevoie ferme ses portes dans les années 1940 tandis que la marque poursuit sa carrière dans le monde entier.
Sources:
- L’article extrêment complet concernant Rimmel sur le site Cosmeticsandskin
- Le Livre des parfums – Eugène Rimmel – 1870
