Paul Leprince, aéronaute-aviateur (1871-1914)

Sépulture de Paul Leprince, cimetière des Fauvelles à Courbevoie. Division O.n°16.N°339 ©SHC BA

Poursuite de notre série de portraits d’aéronautes, pilotes, ingénieurs et les mécaniciens qui ont fait l’histoire de l’air et sont enterrés au Cimetière des Fauvelles. Honneur à Paul Leprince, grand pionnier courbevoisien de l’aéronautique. 

Une  sépulture, récemment réhabilitée, attire le regard du visiteur dans le Cimetière des Fauvelles, par sa simplicité et la luminosité de sa pierre blanche. Elle porte sur sa dalle supérieure cette simple inscription : Paul Leprince. Aéronaute Aviateur 1871-1914.

Epitaphe LEPRINCE

Malgré une vie abrégée par un terrible accident, Leprince fut un grand pilote des aérostats sphériques, des dirigeables et des premiers avions Nieuport.

Comme il était attaché à Courbevoie, notre sociétaire Jean-Pierre Gross a retracé ses différentes ascensions dans un précédent article « Paul Leprince, roi des airs », que nous vous invitons à redécouvrir.

Premières ascensions à Courbevoie

Né à Lille le 11 mars 1871, le jeune Paul Leprince s’installe à Courbevoie en 1889. A 19 ans, il fait sa première ascension.

Il entreprend son premier vol de démonstration en 1890 avec le ballon « a Patrie». Malgré une déchirure, d’apparence bégnine, il continue son vol.

On s’est aperçu par la suite que l’enveloppe de ce ballon, jugé trop petite, avait été agrandie, mais pas le filet qui enserre le ballon. La cause de l’accident, ne serait pas une déchirure faite par les arbres de Neuilly, mais cette intervention, qui va précipiter la chute du ballon.

Démonstration de Leprince à la fête Curva-via à Bécon.1904

Heureusement, les deux passagers à bord de la nacelle en réchappent. Le premier, habitant de Courbevoie, M. Bermud est pâle et décomposé, il a cru sa dernière heure venue. Tandis que Paul Leprince a gardé un sang-froid sans faille.

Malgré ce grave incident, il continue ses vols de démonstration. Il est notamment présent à la fête cycliste de « Curva-via» à Bécon en 1903 et l’année suivante en 1904. (voir le livre de Claude Bourgeois, Mémoire en image « Courbevoie » Tome II p.28).

Son Ballon est sponsorisé par Le Petit Parisien, à qui succédera Le Petit Journal.

De 1904 à 1907, il déploie dans toute la France de nombreuses démonstrations, avec le soutien du Petit Journal, ce qui lui apporte une grande notoriété. Il multiplie aussi les courses à l’étranger. Le 12 aout 2006, il part de Calais mais ses bateaux suiveurs ne sont pas là, et cela aurait pu lui être fatal.

En 1907, il s’engage dans la Course de Bruxelles à Bordeaux. Son expérience comme pilote et technicien s’accroit. Ses compétences de constructeur d’aérostats sont de plus en plus appréciées.

Parallèlement, il sera chargé pendant 2 ans de cours pratiques à l’Ecole Supérieure Aéronautique.

Il est sollicité par le Baron de Marçay et l’ingénieur néerlandais Jan Kluytmans, pour réaliser un dirigeable révolutionnaire. Paul Leprince répondit favorablement et mit à disposition les locaux de son entreprise, au 73-75 boulevard de la Mission Marchand à Courbevoie.

1907 Baron de Marçay Ingénieur Kluytmans Aéronaute Paul Leprince Détail. Ag. Rol BNF-Gallica

Le 28 mars 1908, le journal La France illustrée publie l’image de la première sortie du dirigeable de Marçay à Courbevoie.

De nombreuses cartes postales sont éditées, sur l’une d’elle on peut lire :

« Dirigeable inventé par le baron Edmond de Marçay et l’ingénieur Kluytmans, qui se sont adjoints pour la partie technique, l’aéronaute Paul Leprince, qui a construit le nouvel appareil. La particularité de ce Dirigeable est d’abord dans le système de propulsion. En effet, les hélices sont placées au centre du Dirigeable, qu’elles partagent en deux parties égales, rendues rigides par une carcasse métallique et communiquant entre elles par quatre tubes, afin que la pression soit égale à l’avant comme à l’arrière »

Première sortie du « de Marçay » en 1908 à Courbevoie ©Carte postale SHC BA

Puis en 1910, il commande le 1er modèle d’un « plus lourd que l’air » : l’avion Nieuport. Il collabora aux progrès de la marque. Cependant il reste fidèle à sa passion. Le 31 décembre 1913, il remporte la Coupe de la ville de Paris de Saint-Cloud à Grodno en Biélorussie.

En juin 1914, lors d’une démonstration à Sézanne, une fuite de gaz s’échappe de l’appareil, juste à l’instant du départ. Un fumeur allume son briquet et cause une terrible explosion qui fera une soixantaine de blessés et plusieurs morts, dont Paul Leprince qui décèdera le lendemain à l’hôpital de Melun.

L’emploi des dirigeables continua, surtout pendant la première guerre mondiale, à l’instar des bombardements de Courbevoie par les Zeppelins allemands, puis, entre les deux guerres, pour les voyages lointains.

Mais, après le désastre du Hindenburg le temps des dirigeables est compté.

Les gros dirigeables, capables de supporter de fortes charges, ont été utilisés par les Russes pour des transports spécifiques en Sibérie. La surface de l’enveloppe croit au carré, tandis que son volume croit au cube, les dirigeables de grande taille sont donc proportionnellement plus efficaces.

L’image que laisse Paul Leprince est celle d’un homme passionné, d’une grande compétence et d’une forte maîtrise. Ce fut un pionner aimé et admiré.

Bernard Accart, Président de la Société Historique de Courbevoie.