Histoire du Château Larivière

Histoire du Château Larivière à Courbevoie
Construit dans le dernier quart du XIXᵉ siècle, le Château Larivière à Courbevoie est l’archétype du style néo-Louis XIII. Quels secrets se cachent derrière ces grilles closes ? Et que signifient ces lettres d’or « RL » que l’on aperçoit sur chacune des grilles et sur le motif en fer forgé coiffant l’entrée ?
Dans notre enfance, les châteaux étaient le cadre de contes de fées. L’étude de ce lieu débouche sur des découvertes inattendues et un bel exemple d’architecture du XIXᵉ siècle.

Comment le fils d’un cultivateur normand est devenu un châtelain millionnaire

Sur la grille ci-dessus, les initiales d’or « RL » sont celles de Romain-Anténor Renouard, dit Larivière.
Né en 1814, sous Napoléon Ier, à Saint-Lô-d’Ourville (département de la Manche), fils d’agriculteur, comme plus de 80% des Français de l’époque.
La famille, nombreuse, ne possédait qu’une seule ferme.
En 1833, le jeune Renouard-Larivière quitte donc sa campagne pour Paris, sans un sou en poche.
Il trouve un emploi de commis au magasin « Le Pauvre Diable ». C’est là que débute son conte de fée.
De 1833 à 1863, chaque décennie va  jalonner son ascension, due à son seul mérite.
1833 : Il accomplit son travail avec rigueur dans tous les rayons de ce premier magasin de nouveautés.
1843 : Il devient l’associé du magasin voisin, « Au Coin de Rue ».
Au Coin de la Rue
1853 : Il rachète seul l’affaire, versant la somme colossale d’un million de francs à son associée, une veuve.
Les immeubles voisins sont abattus et remplacés par un gigantesque établissement moderne,  le magasin poursuit alors son expansion et va devenir le modèle du premier Grand Magasin.
Agrandissement du grand magasin Au coin de rue (photo BNF)
Agrandissement du grand magasin Au coin de rue (document BNF)
Ses conceptions commerciales sont novatrices : avant lui, les détaillants réalisaient peu de bénéfices, leurs frais généraux étant trop élevés pour le nombre de clients reçus.
Renouard-Larivière crée le premier grand magasin de nouveautés et de tissus confectionnés.
Grand Magasin Au coin de rue vue intérieure (BNF)
Grand Magasin Au coin de rue – vue intérieure (BNF)
L’intérieur est féerique : une immense verrière, soutenue par une structure métallique, inonde les lieux d’une lumière naturelle qui illumine tissus, habits et broderies.
Rappelons qu’on s’éclairait encore à la bougie à l’époque…
Ses prédécesseurs, freinés par des coûts excessifs, devaient augmenter leurs prix ou réduire les salaires.
Renouard-Larivière, lui, choisit une autre voie : vendre davantage, à marge réduite, tout en offrant un service exceptionnel.
Chaque cliente est alors traitée comme une reine. Il se met à leur service, anticipant les moindres désirs. Les marchandises sont de qualité, vendues à des prix aussi bas que possible.

Exemple de catalogue de nouveautés

Sur six étages, il expose un choix immense. Des petits salons permettent d’essayer  les vêtements et les articles peuvent être échangés ou repris.
Grands Magasins du Coin de rue - Saison Hiver 1877
Grands Magasins du Coin de rue – Saison Hiver 1877
Il organise également régulièrement des « déballages », ancêtres de nos soldes, qui déchaînent les foules, comme en témoignent les caricatures de l’époque.
Grands Magasins du Coin de rue - Spécimen de Chemises et Mouchoirs
Grands Magasins du Coin de rue – Spécimen de Chemises et Mouchoirs
Il recourt massivement à la publicité, en particulier dans la presse, alors en plein développement.

L’aventure industrielle

Enfin, il fonde une grande entreprise de rideaux brodés dans le département de la Loire, employant 2000 à 3000 ouvrières rémunérées équitablement.
Notamment, leurs salaires sont maintenus pendant la crise cotonnière liée sans doute  à la guerre de Sécession (1861-1865).
Devenu millionnaire, Renouard-Larivière servira de modèle à Émile Zola pour le personnage d’Octave Mouret dans « Au Bonheur des Dames ».

L’ascension sociale

Homme en vue, il est nommé maire de Montilly (Orne), où il finance à ses frais la rénovation de l’école publique.

Il est nommé président de la société du Prince impérial et devient membre de l’orphelinat du prince impérial.

En 1863, il est nommé chef du bataillon de la Garde impériale.

En 1867, il est fait chevalier de la Légion d’honneur.

En 1874, malgré ses nombreux domiciles, il décide de se faire construire une « folie » à Courbevoie.

Raisons du choix de Courbevoie pour la construction du Château

Deux critères principaux motivent son choix : il lui faut une résidence proche de Paris, bien desservie par la route et le chemin de fer, tout en offrant le calme et le charme de la campagne.
L’axe historique reliant les Tuileries à Courbevoie constitue un atout de prestige.
La ligne de chemin de fer partant de la gare Saint-Lazare permet de rejoindre la gare de Courbevoie en un une demie heure – celle-ci se trouvant à seulement 365 mètres de son futur domaine.
Le site de Courbevoie attire les belles demeures, qui cherchent à se rapprocher du au pouvoir. Suivit de la bourgeoisie montante. On y compte pas moins de six châteaux.
Beaucoup disparaitront, offrant ainsi de grandes surfaces foncières lors des transformations successives de la ville.
Un château se distingue non seulement par son architecture, mais aussi par l’étendue de son parc et la richesse de son potager, mais plus encore, par la personnalité de son propriétaire
La disparition progressive de ces domaines a libéré, au fil du temps, de vastes terrains, permettant de nouvelles évolutions urbaines et économiques, mais également la création d’espaces verts plantés de grands arbres.
L’histoire de ces demeures est indissociable de celle de leurs propriétaires successifs : chacun raconte à sa manière plusieurs pages de l’histoire de Courbevoie.

Les sept châteaux de Courbevoie

Plan des 7 Châteaux de Courbevoie (SHC)
Plan des 7 Châteaux de Courbevoie (SHC)
La Société historique de Courbevoie prépare une étude complète de ces sept châteaux, incluant la caserne Charras dont la destruction a libéré plus de six hectares en centre-ville, permettant ainsi, après-guerre, de restructurer entièrement le centre-ville.
Un schéma en a été esquissé lors de la conférence du 19 septembre 2025. A la suite de cette présentation, il a été décidé une série d’études sur les six autres châteaux dont les résultats  seront présentés le 27 mars 2026 à la bibliothèque principale.

Description de l’architecture du Château Larivière

Le Château Larivière, en 2025, est le mieux conservé. C’est une véritable chance : il constitue un véritable  prototype, en modèle réduit, des châteaux de style néo-Louis XIII en Île-de-France.

Plan du sous-sol

Plan du sous sol du Château Larivière (photo SHC)
Plan du sous sol du Château Larivière (photo SHC)

La surface du sous-sol est plus étendue que celle du bâtiment principal, car il soutient à la fois les murs porteurs du château et les terrasses de la façade avant et arrière, ainsi que leurs escaliers.

Chateau Larivière et ses terrasses avant et arrière
Chateau Larivière et ses terrasses avant et arrière
Ce sous-sol est légèrement surélevé, permettant un éclairage naturel grâce à des ouvertures vitrées.
Les murs de ce sous-sol sont en meulière, une pierre d’une solidité remarquable, imperméable et insensible à l’eau de pluie.
Chateau de Larivière détail sous sol - murs en meulière
Chateau de Larivière détail sous sol – murs en meulière
Sa structure vacuolaire offre en outre une excellente isolation thermique et phonique.

Entrée

Entrée du Chateau Larivière à Courbevoie
Entrée du Chateau Larivière à Courbevoie
Une vaste entrée s’ouvrait autrefois sur une grande pièce de réception.
Le château possédait également une bibliothèque, une salle de billard, une grande galerie, 8 chambres et une salle de bains.
Le sol du vestibule est en marbre à cabochons, et deux magnifiques colonnes typiques du Second Empire encadrent l’entrée.
À proximité, on remarque le départ finement travaillé d’une rampe en fer forgé.
Lorsque la ville transforma le château en bibliothèque principale, un ascenseur fut ajouté pour accéder au troisième étage mansardé. L’escalier fut alors prolongé, et la rampe reconstituée à l’identique.

Rez-de-chaussée et premier étage

Chateau Larivière Rez de chaussée (SHC)
Chateau Larivière Rez de chaussée (SHC)
Autrefois, s’y trouvait la loge de la gardienne. À son départ en retraite, la municipalité transforma ce logement en salle polyvalente, équipée d’un grand écran vidéo.
Les murs blancs, munis de cimaises, permettent d’accueillir des vidéoconférences, des projections ou des expositions temporaires (jusqu’à 30 cadres au format A3).
C’est dans cette salle que la Société Historique de Courbevoie (SHC) a tenu ses deux premières conférences sur le Château Larivière et la conférence spectacle sur Jean-Baptiste Carpeaux, sculpteur mort il y a juste 150 ans à Courbevoie, en octobre 1785.
Chateau Larivière Premier étage (SHC)
Chateau Larivière Premier étage (SHC)

Deuxième et troisième étages

Ces deux niveaux sont dédiés à la jeunesse, et le dernier étage est plus particulièrement réservé à la musique. On y apprécie la belle luminosité apportée par chaque œil-de-bœuf.
Chateau Larivière 2e et 3e étages (SHC)
Chateau Larivière 2e et 3e étages (SHC)

Les ornements du château

La DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) a établi une fiche détaillant les ornementations caractéristiques du style Napoléon III que l’on retrouve dans le Château Larivière.
Ornementations caractéristiques du style Napoléon III (SHC)
Ornementations caractéristiques du style Napoléon III (SHC)
On a déjà évoqué les deux colonnes de l’entrée et la rampe en fer forgé du grand escalier.
Le rez-de-chaussée présente également quatre panneaux sculptés représentant des putti (angelots) illustrant le thème des quatre saisons.
Bien que non signés, ces panneaux semblent provenir du même atelier que les corniches sculptées par Léopold Flandrin, visibles dans les pièces voisines.

Panneaux sculptés et peints des différents plafonds

Les plafonds du rez-de-chaussée sont richement ornés : au centre de chaque salle, des moulures décoratives encadrent des peintures en trompe-l’œil, parmi lesquelles figure une composition évoquant un ciel au-dessus d’un jardin, bordé d’une fausse balustrade peinte.
Chateau Larivière Plafonds en trompe l'oeil (SHC)
Chateau Larivière Plafonds en trompe l’oeil (SHC)
Un autre plafond présente une décoration abondante autour d’un médaillon central, également en trompe-l’œil.
Ces motifs, agrémentés de deux scènes à cadres circulaires illustrés de nouveaux putti, témoignent d’un goût prononcé pour l’ornementation et la mise en scène picturale, typique du Second Empire.
Chateau Larivière Plafonds Cadres en trompe l'oeil (SHC)
Chateau Larivière Plafonds Cadres en trompe l’oeil (SHC)

Qui est l’architecte du Château Larivière ?

C’est une question à laquelle il est difficile d’apporter une réponse certaine. Cette recherche a nécessité une véritable enquête.

Un château néo-Louis XIII

Comme pour la fable de La Fontaine, « Le laboureur et ses enfants« , cette étude nous a permis de mieux connaître le modèle architectural des châteaux néo-Louis XIII de cette époque.
La façade principale présente tous les canons architecturaux de ce style, très répandu en Île-de-France dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle.
Un soubassement, en meulière et en pierre de taille, surélève le bâtiment, auquel on accède par deux escaliers en pierre de taille à balustres, contribuant à la majesté de l’ensemble.
Puis deux étages où domine les  briques rouges encadrées de pierre de taille, et de deux avancées latérales évoquant des tourelles.
Ces deux étages sont surmontés d’un toit mansardé en ardoise et de zinc. Les fenêtres sont entourées de pierre de taille et une série d’œil de bœuf vient accroitre la luminosité du dernier étage.
La façade postérieure reprend les mêmes principes architecturaux, mais sans tours latérales car elle est animée par une avancée centrale terminée par un fronton sculpté en pierre de taille, portant un blason orné des lettres « LR ».
Les façades latérales sont construites dans les mêmes matériaux – brique et pierre de taille, sous un toit d’ardoise et de zinc.
Les grandes cheminées en fer forgé, aux motifs entrelacés formant les lettres « LR », témoignent d’un travail artisanal remarquable.

Des similarités avec le château de Sceaux

En examinant les nombreux châteaux néo-Louis XIII d’Île-de-France, on s’aperçoit que ces châteaux sont tous construits sur la même base architecturale : la façade principale entourée de deux tourelles, la façade arrière présente au contraire une seule extension au centre de la façade.
La ressemblance la plus frappante est celle qui unit le Château Larivière et le château de Sceaux, dont il semble être une version réduite.
Château de Sceaux et Château Larivière à Courbevoie - similitudes et différences
Château de Sceaux et Château Larivière à Courbevoie – similitudes et différences
L’ancien château de Sceaux, détruit après la Révolution, fut reconstruit à la demande du Comte de Trévise par l’architecte Auguste-Théophile Quantinet.
Le Château Larivière présente les mêmes caractéristiques globales mais « condensées ». Cela fait penser à la différence entre une familiale et la même auto en version « coupée », toujours plus élégant, plus esthétique.
Certaines parties du château sont identiques, comme on le voit sur le projet des tourelles de la façade principale dessiné par l’architecte du château de Sceaux, la réalisation de celui-ci et la réalisation des tourelles du Château Larivière.
Celui-ci travailla près d’une dizaine d’années sur le projet, dont on conserve aujourd’hui les plans dans les archives du domaine de Sceaux.
Projets des tourelles
Tourelles du Château de Sceaux et du Château Larivière.
La comparaison entre les deux bâtiments révèle un même structure générale, mais aussi de subtiles différences.
Le château de Sceaux présente des panneaux décoratifs de part et d’autre des fenêtres du 1ᵉʳ et du 2ᵉ étage, absents à Courbevoie – mais que l’on retrouve à l’inverse sur la façade intérieure du Château Larivière, mais absent sur cette deuxième façade de Sceaux.
Inversion d'un élément décoratif (SHC)
Inversion d’un élément décoratif (SHC)
La principale différence reste la taille : le château Larivière reprend les proportions de Sceaux, mais sans l’élément central et avec des volumes plus ramassés, adaptés à un espace urbain.

L’identification de l’architecte semble indécelable

À cette époque, l’absence d’un ordre officiel des architectes complique l’attribution précise des œuvres. Le maître d’œuvre pouvait être un entrepreneur talentueux ou un ingénieur aussi bien qu’un architecte diplômé.
Nous avons vu que le modèle néo-Louis XIII repose généralement sur une même base : une façade principale flanquée de deux tourelles, une entrée centrale monumentale en pierre de taille, (parfois absente) et, côté jardin, une avancée semi-hexagonale ouvrant sur une terrasse.
Cette disposition offrait au rez-de-chaussée une grande salle de réception lumineuse.
L’historien courbevoisien Claude Bourgeois attribuait le Château Larivière à Charles Garnier, célèbre architecte de l’Opéra de Paris.
L’hypothèse est séduisante : Renouard-Larivière, millionnaire, pouvait s’offrir un créateur de renom. Mais Bourgeois précisait que Garnier, alors absorbé par le chantier de l’Opéra, aurait confié ce projet à l’un de ses élèves… sans autre indication.

À la recherche de l’élève de Garnier

Parmi les élèves de Charles Garnier, un candidat sérieux retient l’attention: l’architecte Paul Sébille.
Très actif,  Sébille est notamment l’auteur du magasin du Printemps construit  peu après. Il est fort probable qu’il ait connu Renouard-Larivière, pionnier des grands magasins parisiens.
Sébille, fervent défenseur des façades colorées, s’intéressa particulièrement à la cuisson des céramiques, des tuiles et des grès destinés à l’ornementation des bâtiments.
Or, lorsque l’on observe de loin la façade du Château Larivière, on remarque précisément cet effet coloré : les briques rouges sont mises en valeur par la pierre de taille claire.
Mais en s’approchant, la découverte est surprenante…

Réflexion sur la couleur des briques

Chateau Larivière une architecture colorée - détail briques
Chateau Larivière une architecture colorée – détail briques
De près, on s’aperçoit que les briques ne sont pas uniformément rouges. Elles présentent en réalité trois teintes distinctes : un rouge chaud, un brun profond et un bleu violacé.
Ces briques sont disposées selon un ordre très précis, presque musical, et les briques violettes sont légèrement brillantes et plus petites que les autres.
Ce raffinement chromatique n’est pas le fruit du hasard. Il s’inscrit dans les théories de Michel-Eugène Chevreul sur la perception des couleurs, alors récemment découvertes, et dans l’esprit artistique du temps, des impressionnistes en particulier.
Les peintres impressionnistes et postimpressionnistes, tel Seurat, expérimentaient alors les effets d’optique produits par la juxtaposition de teintes pures – une approche que Seurat préférait appeler divisionnisme, plus réfléchie et scientifique que le « pointillisme ».
De la même manière, dans l’architecture du Château Larivière, la disposition minutieuse des briques, leurs teintes et la qualité de leur cuisson traduisent une véritable recherche esthétique.
Sous une apparente simplicité se cache une conception raffinée, où chaque élément matériel participe à une harmonie d’ensemble.
Ces murs de briques sont ainsi bien plus que de simples parements : ils témoignent d’une vision artistique et technique moderne, digne des plus grands bâtisseurs du XIXᵉ siècle.
Vu sous cette lumière, on comprend que le Château Larivière constitue un joyau discret de l’architecture de son temps, un patrimoine que la ville de Courbevoie a la chance de posséder encore intact.

Le château de Mathan (Calvados), copie du Château Larivière

Renouard-Larivière, attaché à son château, fit construire une réplique de son château de Courbevoie : la Villa Larivière-Renouard, a été édifiée comme résidence de villégiature au bord de la mer, dans le village de Mathan, dans le Calvados.
Château de Mathan (CP et SHC)
Château de Mathan (CP et SHC)
Le château de Mathan « Villa de Mathan » (carte postale à droite), bien que fidèle dans l’esprit, est une version simplifiée du château Larivière (photo de gauche).
  • La tourelle centrale, (visible sur la carte postale de droite), ne possède pas les pierres sculptées  de celle de Courbevoie.
  • Les façades latérales du château de Courbevoie comptent trois fenêtres par étage, contre deux seulement à Mathan.
  • La surface totale de l’édifice est réduite d’environ un tiers, sans compter la diminution de la surface du sous-sol et des deux perrons en pierre de taille.
Le résultat, s’il conserve la silhouette d’origine, perd la rigueur et la finesse architecturale du modèle.
Le château de Mathan, exposé aux embruns, fragilisé par le temps et le vandalisme fut finalement détruit en 1943 lors des bombardements américains.

Que devient le château de Courbevoie après le décès de Renouard-Larivière ?

Renouard-Larivière décède en 1878. Son épouse et ses enfants demeurent encore quelques années à Courbevoie.
En 1891, le château est vendu à Alexandrine Lassarteux.

L’association « les Violettes »

En 1902, une association catholique dédiée à l’éducation des jeunes filles pauvres ou abandonnées s’y installe.
Les Violettes Association caritative au Château Larivière ( SHC)
Les Violettes Association caritative au Château Larivière ( SHC)
Les pensionnaires y apprennent la fabrication de fleurs artificielles, tout en suivant une instruction générale .Cette œuvre caritative, fondée par une ancienne ouvrière fleuriste avec l’aide de l’abbé de Villequier, avait d’abord été accueillie à Courbevoie, au château de la Montagne, puis à Neuilly, avant de trouver refuge au Château Larivière.
Le château prend alors le surnom de « Château des Fleurs », en référence à cette activité artisanale.
Les pensionnaires du Château des fleurs
Les pensionnaires du château des Fleurs
En 1916, lors d’une visite officielle, la reine Nathalie de Serbie lui donne un nom encore plus poétique : le « Château des Violettes ».
En 1922, l’association devient pleinement propriétaire des lieux, mais se met à la recherche de locaux plus vastes. Elle quittera finalement le château en 1928.

La ville de Courbevoie le transforme en bibliothèque

En 1955, une délibération du Conseil municipal évoque pour la première fois l’idée d’une acquisition du château par la ville de Courbevoie.
Dès 1957, la bibliothèque municipale s’installe dans les locaux. L’achat ne sera concrétisé qu’en 1975, marquant le début d’une nouvelle vie pour l’édifice. Un ascenseur est alors ajouté, permettant d’accéder au dernier étage.
Ce réaménagement fait du château un point culturel fort, au cœur de la Ville, tout en préservant son architecture.
En 2020, la Municipalité de Courbevoie achète au sculpteur Arnaud Kasper, ancien Courbevoisien, sa sculpture de Victor Hugo réalisée en 2002 à l’occasion du bicentenaire de sa  mort.
Sculpture VH Casper (Photo SHC)
Sculpture VH Casper (Photo SHC)

Conclusion

De la réussite extraordinaire de Romain-Anténor Renouard-Larivière aux fastes du Second Empire, du développement des grands magasins  parisiens, au développement industriel et à la naissance du Courbevoie  culturel moderne, le Château Larivière constitue une illustration intéressante de l’atmosphère du XIXᵉ siècle et de son évolution

Son architecture raffinée, son décor néo-Louis XIII et ses multiples vies – résidence, œuvre caritative, bibliothèque –  en font un témoin intéressant du patrimoine francilien.

Miraculeusement préservé des bombardements alliés en 1943, il demeure aujourd’hui un symbole de la continuité entre l’histoire et la modernité, un lieu où la mémoire de la ville continue de vivre pleinement son destin.