En 1896, parmi les membres de l’expédition Marchand (voir article sur les Tirailleurs sénégalais) figure un singulier personnage : Charles Castellani (1838-1913) est un peintre, alors courbevoisien, qui a déjà vécu de multiples aventures.

Castellani commence sa carrière comme peintre verrier. Il expose au Salon des artistes français dès 1868 où il présente sa toile Clairon de zouaves.
Il prend part à la Guerre de 1870 où il est fait prisonnier et reste captif en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre.
En 1872, il expose de nouveau des toiles militaires. Pour tenter de les vendre, il voyage sans grand succès à Londres, New York, Philadelphie pour l’Exposition universelle avant de revenir à Paris où il est enfin reconnu.
Il se spécialise dès 1880 dans les panoramas patriotiques (Waterloo, La défense de Belfort) et historiques (La préhistoire) ainsi qu’un Panorama scientifique au Jardin d’acclimatation.

Sa notoriété est déjà très grande quand il expose son « Panorama du Tout-Paris » à l’Exposition universelle de Paris en 1889.

Après avoir passé de nombreuses années à Bois-le-Roi près de Fontainebleau, il réside en 1896 au 51 rue Victor Hugo à Courbevoie.
Le journal L’Illustration va le transformer en grand reporter. Voici comment il décide de partir:
J’habite Courbevoie. Je ne sais si vous connaissez ce coin des environs de Paris? Cette ville, où plutôt cette commune, n’est pas précisément un Eden, mais l’endroit où je niche est ombragé de grands arbres, au pied du petit château de la Belle Gabrielle, un ancien rendez-vous de chasse du roi de galante mémoire, le bon Henri IV.
Je me plais dans ce nid, et cependant l’idée de le quitter me prend de temps à autre, comme vous vient la fantaisie, quand on est bien quelque part et qu’on est d’humeur vagabonde, d’aller courir ailleurs pour être beaucoup plus mal.
Cette fois, disons-le, ce fut un peu la faute du directeur de L’Illustration, lequel il est vrai, n’a pas eu grand peine à me décider. Je lui avais parlé vaguement de je ne sais quel projet de voyage en Afrique, au Transvaal je crois, quand il me proposa une visite au centre du continent même.
Dame, je n’ai pas hésité longtemps : les bosquets de la Belle Gabrielle m’ont subitement paru fades, à côté des forêts vierges que j’entrevoyais là-bas; et le ruisseau qu’on appelle la Seine, sali et empoisonné par les fabriques de la localité, m’a semblé pouvoir supporter difficilement la comparaison avec le fleuve Congo, qui roule ses eaux sur des largeurs de 20 et 30 kilomètres. Les vagabonds même, voleurs et assassins, qui hantent ordinairement la nuit les parages courbevoisiens, me sont apparus d’une pâleur ridicule à côté des fameux cannibales du Haut-Oubangui.
J’ai donc accepté d’emblée la proposition légèrement subversive de M. Marc.
Restait la réalisation du projet qui n’était pas tout à fait commode. Le directeur de L’Illustration se montrait prêt à faire tous les frais nécessaires ; mais cela n’était pas suffisant : il me fallait un guide, une protection quelconque, pour pénétrer à travers ces pays vraiment peu fréquentés.
Une mission, dont je ne connaissais ni le but, ni les moyens d’action, consentit à me laisser cheminer auprès d’elle, à la condition que je ne me mêlerais pas de ses affaires et que je paierais mon écot. Tout fut arrangé à souhait et je bouclai mes malles. (…)

Il publie de nombreux ouvrages relatant ses expériences africaines et ses souvenirs de peintre.
Son ouvrage Femmes d’Afrique est très apprécié.
D’un voyage au Congo, avec la. mission Marchand, le peintre Castellani a rapporté des notes sur les mœurs des peuplades qu’il a visitées; son ouvrage, les Femmes au Congo (Flammarion, éditeur), est en quelque sorte l’histoire de la femme au centre africain. Il y avait là une étude charmante à faire, et l’auteur l’a réussie avec beaucoup d’esprit, de tact et de philosophie : ses pages abondent d’observations fines, qui nous initient à bien des détails de la vie noire amoureuse. Le sujet, certes, était délicat; les faits, souvent, sont scabreux; M. Castellani a su, avec une grande décence de style, effleurer certains passages sur lesquels je ne puis, moi non plus, m’appesantir. Mais les Femmes au Congo m’ont donné une notion toute nouvelle de « l’élément féminin » au centre de l’Afrique. Ajoutons que le livre est orné de nombreuses photographies et gravures, et souhaitons que cet ouvrage véritablement original et curieux rencontre le succès qu’il mérite. (Le Triboulet – 1er janvier1899)
Sa relation avec le commandant Marchand suscite un grand intérêt:
Sous le titre « Marchand l’Africain », le peintre Castellani, qui accompagna la mission Marchand dans l’Afrique centrale, publie un volume des plus curieux et des plus sensationnellement instructifs, si je puis m’exprimer de la sorte. Marchand l’Africain est un livre «vécu » d’une sincérité absolue, qui doit à son entière franchise une saveur peu commune. Castellani est le seul membre de la mission Marchand à qui son indépendance permettait de tout dire sur la célèbre et triste expédition de Fachoda. Et, en effet, il dit tout, même les petits démêlés que certains défauts de caractère et son humeur d’artiste, naturellement peu discipliné, lui attirèrent avec le chef de la mission. Le lecteur ne peut en être que charmé, car grâce à ces petites confessions, en donnant à ce beau livre une exceptionnelle valeur de témoignage, il apprend à connaître la grande individualité de Marchand sous tous ses aspects; et l’homme intime dans l’illustre pionnier du « dernier voyage héroïque », lui apparaît non moins intéressant que le héros. (Le Petit Journal – 27 avril1902)

Enfin, sa personnalité originale éveille la curiosité, pour exemple un extrait du Figaro consacré au « végétarisme »:
Le plus ardent, le plus original de tous les adeptes est Charles Castellani, l’artiste des panoramas qui suivit le colonel Marchand au Congo. Il étonne jusqu’à ses anciens compagnons d’Afrique, pour sa vigueur, son véritable « rajeunissement », bien fait pour stupéfier quiconque l’avait vu terrassé par les fièvres de là-bas. Aussi, son prosélytisme opère-t-il de nombreuses conversions.
Castellani est aussi musicien et compose ainsi une Marche des Sénégalais.
L’artiste meurt un peu oublié en 1913.

Sources:
