Roger Lebranchu : « Gagner, me battre, c’est ce que j’ai fait toute ma vie »

Roger Lebranchu est une des légendes de la SNBS (Société nautique de la Basse Seine), le club d’aviron de Courbevoie.

Les Etablissements Lebranchu

Il naît le 22 juillet 1922 à Neuilly-sur-Seine où sa famille réside. Son père, René, est le patron d’une carrosserie au 114 rue Armand Silvestre à Courbevoie. L’entreprise travaille sur commande, et habille des châssis fournis par des marques françaises et parfois étrangères. Ancien élève du lycée technique, Roger travaille d’abord à l’usine comme chaudronnier.

Une fratrie de rameurs

Il découvre l’aviron à l’âge de 15 ans, en 1937. Il se passionne pour ce sport comme ses deux frères et la fratrie ne rate jamais un entraînement à la SNBS basée juste en face de chez lui. Dès 1941, les frères Lebranchu sont engagés dans la haute compétition. Roger barre le quatre champion de France de 1941 à 1943.

Le quatre champion de France de 1941 à 1943 – Document SNBS

La déportation

En 1943, comme tous les hommes nés en 1922, Roger reçoit l’ordre de rejoindre le STO (Service du travail obligatoire). Il ne veut absolument pas aller en Allemagne, il veut la combattre. Il contacte un de ses amis du Club d’aviron pour entrer en lien avec les Forces françaises libres. Roger laisse une lettre à ses parents pour qu’ils ne soient pas soupçonnés de le couvrir. Il prend sa valise, et part dans la nuit. Il rejoint une infirmière à Paris qui lui dit d’aller à Toulouse (Haute-Garonne). Il y trouvera un appartement et on lui fournira des faux papiers.

À Toulouse, il rejoint d’autres camarades, et arrive à Pau. On lui donne une fausse carte d’identité. Roger conserve son ancienne dans une boîte de conserve, sous un arbre. Une trentaine de jeunes hommes marchent dans la nuit. Leur guide, appartenant à un réseau de Résistance, leur indique un hangar. Ils se cachent tous à l’intérieur, dans la paille.

La vie de fugitif dans le Sud de la France durera deux ans. Le 23 juin 1943, Roger est arrêté par des SS français. Il est enfermé pendant une semaine. Dans une cellule infestée de poux, puces, punaises et tiques. Toute la semaine, les prisonniers gardent les miettes de pain, les quelques biscuits donnés par la Croix-Rouge, et du marc de café. Ils le mangent le dernier jour.

BFM TV Normandie – Collection famille Lebranchu

À Compiègne, alors qu’il s’apprête à rentrer dans un wagon à bestiaux, Roger voit son père. Celui-ci tente de s’approcher. Un officier allemand le repousse. Mais ils auront le temps d’échanger trois mots : « À plus tard ».

Roger passe trois jours dans le wagon. « La moitié des occupants est morte. On léchait les boulons pour boire de l’eau. »

Au camp de concentration de Buchenwald en Allemagne, Roger et les autres sont déshabillés, puis lavés . On lui donne une tenue rayée marquée du triangle rouge des déportés politiques. Pendant un mois, il travaille dans une carrière où il casse des cailloux à la pioche. Il est ensuite affecté à une usine de trains d’atterrissage d’avions allemands, où il mène des actions de sabotage.

L’évasion

BFM TV Normandie – Collection famille Lebranchu

En avril 1945, les Américains gagnent du terrain. Les Allemands décident d’évacuer le camp. Les déportés épuisés et affamés marchent très lentement. Il fait nuit. Roger Lebranchu parvient à s’échapper avec cinq autres prisonniers. Ils se mettent à plat ventre pour éviter les tirs de leurs gardiens et marchent sans s’arrêter pendant une nuit complète et atteignent les lignes américaines. Ils sont libres. Roger gardera son numéro de détenu inscrit sur un bout de sa tenue rayée.
Il revoit finalement son père, sur le quai du métro à Paris.
Roger et ses frères vont travailler dans la carrosserie de leur père à Courbevoie.

Le champion

BFM TV Normandie – Collection famille Lebranchu

Après la déportation, il n’y aura plus une année où Roger Lebranchu arrêtera l’aviron et il portera haut les couleurs de la Basse Seine.
Un an après la fin de la guerre, les frères Lebranchu deviennent champion de France en huit et rééditent l’exploit l’année suivante.
En 1948, Roger concourt en équipe de France aux Jeux olympiques de Londres.
En 1951, il termine sa carrière mais rame à nouveau dans les années 1980 pour devenir 24 fois champion du monde vétéran.
Il a fondé une usine de pièces automobiles au Theil sur Huisne dans l’Orne et finit ses jours à Agon-Coutainville dans la Manche. Dans sa maison, une centaine de médailles d’aviron sont accrochées ainsi que ses onze distinctions dont celle d’officier de la Légion d’honneur et la Médaille militaire.

Le porteur de la flamme

Le 31 mai 2024, au Mont Saint-Michel, À 101 ans, Roger Lebranchu porte la flamme olympique, avant les JO de Paris 2024.

Le vieux champion décède dans sa 103e année, le 9 janvier 2025.

Le reportage de BFM TV Normandie – 01/03/2024

 

Sources: