L’Union Belge, une centenaire exemplaire

L’Union Belge est un monument à part dans Courbevoie; Cette institution plus que centenaire a connu deux guerres mondiales et bien des aventures.

La naissance de l’Union Belge

Dès la fin des années 1850, de nombreux Belges viennent chercher du travail en France où leur savoir-faire est très apprécié dans les travaux haussmanniens ou par la suite dans les grands chantiers de la IIIe république tel que la construction du métro.

Le recensement de 1886 dénombre 482 000 Belges présents sur le territoire français.

En tant qu’étrangers, les ouvriers belges doivent attendre la fondation de l’Union Belge en 1888. Elle se donne pour but de permettre à tous ces travailleurs de bénéficier d’une « société de secours mutuel ».

C’est à Paris que l’Union voit d’abord le jour. Les fondateurs en définissent les statuts: elle administrera trois caisses: secours mutuel, retraite et bienfaisance. Il faudra être un homme âgé de 16 à 50 ans et payer un droit d’inscription pour en devenir membre. Seuls peuvent s’inscrire des Belges habitant Paris et le département de la Seine (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne aujourd’hui). Le siège officiel se situe au 42 bis boulevard Bonne Nouvelle à Paris.

Un « comité de propagande » est créé pour attirer de nouveaux membres. Il fait apposer des affiches gare du Nord et insérer une publicité dans la presse.

En 1891, la nouvelle institution va bénéficier du patronage du roi Léopold II qui lui confère le statut de « Société royale ». De nouvelles distinctions suivent comme un diplôme d’honneur à l’exposition universelle d’Anvers et des médailles à celle de Paris en 1900.

Avec le temps les statuts évoluent, l’Union est désormais ouverte aux femmes et emploient des médecins et infirmiers.

Des bienfaiteurs participent au financement de ses activités, en particulier la baronne de Hirsch et son frère Ferdinand Bischoffsheim. Issus d’une famille juive originaire de Mayence et important acteur de l’économie belge, les Bischoffsheim seront à l’origine de la création de Paribas. Ils vont permettre à l’institution d’acquérir un nouveau siège à Courbevoie. Leur nom est inscrit sur la façade.

Ferdinand Bischoffsheim peint par Léon Bonnat – 1906

L’Union Belge ouvre ses portes à Courbevoie

En 1908, le nouveau président du conseil d’administration; le docteur Collet découvre à Courbevoie l’emplacement idéal qu’il recherchait pour donner aux activités de l’Union une autre dimension. Il s’agit d’un terrain de plus de 6000 m² appartenant à la famille de Neufville.

Le terrain est acquis pour la somme de 72 156,95 francs lors de l’adjudication le 26 mai 1909. La donation de Ferdinand Bischoffsheim de 60 500 francs constitue l’essentiel de la somme. Malheureusement, il ne verra jamais la fin de la construction du nouveau bâtiment. Il meurt en novembre de la même année, suivi de près par le roi Léopold II en décembre.

Les travaux ne s’achèvent qu’au début de l’été 1911. Il faut dire que la crue de 1910 les a freinés considérablement et une controverse politique a compliqué singulièrement les choses: entre 1901 et 1910, la guerre entre « laïcards » et « cléricaux » a fait rage. La victoire des premiers a conduit à la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Les congrégations et instituions religieuses sont désormais soumises à un régime d’exception. Hors, des religieuses étaient censées administrer la nouvelle Union Belge. ce seront finalement une diplômée de la Croix rouge et quatre infirmières qui seront embauchées.

Les 28 premiers pensionnaires investissent les locaux.

L’Union Belge dans la Grande Guerre

Le 4 août 1914, la Première Guerre mondiale éclate et l’invasion de la Belgique neutre par les troupes allemandes avec son cortèges d’atrocités provoque une très vive émotion en France et au Royaume-Uni. Les réfugiés affluent, les demandes d’assistance aussi.

L’Union Belge gère le va-et-vient de nombreuses familles qui souhaitent regagner la Belgique après un premier exode. Les dépenses engagées augment alors que les contributions des villes belges se tarissent. Le gouvernement français décide fournir la même allocation aux réfugiés qu’ils soient belges ou français.

L’Union Belge va participer activement au transport de nombreux enfants vers le sud-ouest alors que, le 13 septembre 1914, un service de soin aux blessés est transféré de l’école de Bécon-les-Bruyères à la rue de Colombes et une partie des bâtiments se transforme en un véritable hôpital militaire. Du 17 février au 30 juin 1915, 106 soldats français et 502 soldats belges sont soignés à Courbevoie. le président Poincaré vient en personne visiter les locaux en mars. A la fin de la guerre, on aura dénombré plus de 4000 soldats soignés à Courbevoie.

Document Union Belge

Pour les occuper, on transforme le jardin de la résidence en potager qu’ils peuvent cultiver. Chaque samedi, une séance de cinéma est organisée. On y projette des films français et américains comme les premiers « Charlot » (importés par Jacques Haïk qui fondera ses studios à Courbevoie quelques années plus tard). Des soirées théâtrales ou de music-hall ainsi que des fêtes sont également organisées. Mme Viville, épouse d’un parfumeur célèbre de la ville propose aussi une soirée dramatique dans sa villa.

La guerre provoque aussi de dégâts indirects: une série d’explosions dans le dépôt de grenades de la Courneuve, à des kilomètres de là, le bris des fenêtres de l’Union Belge laisse imaginer le souffle de l’explosion et les destructions provoquées.

L’armistice du 11 novembre 1918, la fin des hostilités provoquent une immense joie: les pensionnaires entonnent la Marseillaise et la Brabançonne. Peu après, le 6 décembre, le roi Albert et son fils sont accueillis dans les locaux de Courbevoie. En septembre 1919, l’hôpital militaire 118 est définitivement fermé.

De l’Entre-deux-guerres à la Libération

Le retour à la paix apporte son cortège de difficultés de gestion et de redressements. Les activités de l’Union continuent d’évoluer dans la forme.

Les 28 et 29 mai 1938, l’Union Belge fête son 50è anniversaire au stade de Courbevoie.

En 1939, elle participe à des collectes de fonds destinées à l’achat d’avions de combat pour les aviation belge et française.

L’Occupation disperse les membres du conseil d’administration. L’un d’entre eux, Jacques Godchaux, entre, lui, dans la Résistance. Il est arrêté, torturé et fusillé par les Allemands en 1944.

Le bombardement allié qui touche Courbevoie le 15 septembre 1943 provoque des dégâts importants à l’arrière du bâtiment, le mur extérieur s’effondre, les murs intérieurs sont gravement ébranlés. Le deuxième bombardement de décembre brise une nouvelle fois les vitres. Les réparations vont grever durablement le budget de l’institution.

La pénurie de charbon s’avère également un problème majeur pour les résidents en hiver et le ravitaillement est bien sûr rationné.

L’Union Belge aujourd’hui

En dépit des éternels problèmes de gestion, l’Union Belge est toujours debout rue de Colombes.

L’institution a mué en un groupement de coopération sociale et médico-sociale (GCSMS) avec leMAPD, un partenaire privé. L’Union emploie désormais un personnel spécialisé. Les locaux ont été modernisés pour répondre efficacement aux besoins d’une population âgée. Des spectacles et conférences y sont régulièrement organisés.

« L’Union Belge ne s’est pas écartée des principes chers à ses fondateurs. »

Source:

Olivier Roisin et Reinout Vander Hulst avec Laurent de Walque – L’Union Belge (fondée à Paris en 1888) – Les Editions de l’Union Belge – 2019