L’Eau de Mélisse des Carmes, de Chypre à Courbevoie

L’Eau de Mélisse des Carmes est riche d’une très longue histoire qui remonterait à Saint-Louis.

De retour de croisade, Louis IX aurait ramené des religieux réfugiés à Chypre.

Leur ordre ayant été fondé sur le Mont Carmel, ils avaient adopté le nom de Carmes et une de leurs spécialités consistaient à cultiver et étudier les « simples », des plantes médicinales.

Ils s’installent à Paris, place Maubert puis rue de Vaugirard où, sous l’égide de Marie de Médicis, ils installent le couvent des « Carmes déchaussés » en 1611.

Ils y installent une distillerie et commercialisent leur production la plus renommée : l’eau de mélisse, en fait une concoction complexe de quatorze plantes médicinales et neuf épices.

On raconte que Richelieu aurait échappé à un conspirateur qui avait empoisonné son eau de mélisse.

Sous Louis XIV, Les dames de la cour en consommaient pour soigner toutes sortes de maux, malaises et nausées. La potion guérissait même le choléra disait-on !

Le Roi-Soleil décide de délivrer aux Carmes déchaussés ses lettres patentes, leur conférant l’exclusivité de l’élaboration de l’Eau de mélisse. Celle-ci devient célèbre dans toute l’Europe.

Sous la Révolution, le gouvernement confisque les biens des religieux et s’attribue la propriété de la préparation. Quelques 45 Carmes forment alors une société civile et rachètent à l’État la propriété de l’Eau des Carmes pour la somme de 60 000 livres.

La fabrique s’installe rue de Taranne à proximité du Louvre à Paris.

En 1829 la société Royer et Raffy s’associe au dernier des Carmes, le père Paradis et poursuit la commercialisation après la mort de ce dernier.

En 1838, Amédée Boyer, qui a épousé la veuve de Royer, reprend la société civile et fait fortune avec l’Eau de Mélisse des Carmes.

Boyer mène une lutte sans merci contre les nombreuses contrefaçons et associe son nom en gage d’authenticité. Il publie même une Monographie historique et médicale de l’Eau des Carmes.

En 1877, les travaux du baron Haussmann provoquent la disparition de la rue de Taranne et Boyer déménage au 14 rue de l’Abbaye à Paris tout en installant sa fabrique au 6 rue Rouget de Lisle à Courbevoie.

Le fondateur du « Coin de Rue » à Paris, le premier grand magasin de France, Romain Renouard-Larivière possède à Courbevoie une magnifique maison de campagne (la Bibliothèque municipale actuelle.)

Son fils, Louis-Marie, va s’intéresser à la fabrique de Boyer et également à sa fille qu’il épousera.

A l’époque, existe déjà dans la ville un concurrent domicilié au 29-31 rue (aujourd’hui boulevard) de Saint-Denis, qui produira et vendra sa propre eau de mélisse successivement sous les noms Caron, Hoesly et Cordier, puis disparaitra avant 1900.

Pendant ce temps l’Eau des Carmes Boyer continuera à prospérer rue Rouget de Lisle à Courbevoie, et, depuis 1990 à Carrières-sur-Seine, où elle a été forcée de déménager suite à un projet urbain.

Aujourd’hui la firme propose une large gamme : tisanes, huiles essentielles, eaux florales, savons, etc.

Des descendants de Boyer se sont succédés à la tête de l’entreprise qui fait partie du patrimoine de Courbevoie mais aussi du patrimoine national.

Sources:

Gallica/BNF

https://fr.wikipedia.org/wiki/Eau_de_m%C3%A9lisse_des_Carmes_Boyer

Histoire de l’eau de Mélisse et du laboratoire Boyer et Cie

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