Installée en mars 1948 dans une partie de l’ancienne usine Delage , la Société d’Electronique et d’Automatisme (SEA) était à la pointe d’un secteur encore méconnu: l’informatique.

Le visionnaire
Durant les années d’après-guerre et de reconstruction, un ingénieur formé à Supélec, François-Henri Raymond , travaille à Courbevoie chez GSP une entreprise de machines-outils. Parallèlement, il est aussi conseiller scientifique chez Sadir-Carpentier, une entreprise d’électronique, qui l’envoie rencontrer divers acteurs de l’informatique américaine naissante, dont Howard Aiken à Harvard.
En 1947, de retour en France, il parvient à convaincre l’actionnaire principal de GSP, Gaz et Eaux, d’investir dans une entreprise qu’il va monter et diriger à Courbevoie. La Société d’Electronique et d’Automatisme est née.

Les premiers temps de l’informatique
A l’époque, on s’efforce de développer des « calculateurs », des machines qu’on commencera à appeler « ordinateurs » dans les années 1960 époque où sera également créé le terme français « informatique ».
L’armée de l’air qui a besoin d’un outil pour calculer avec précision la trajectoire de ses missiles passe commande à la SEA d’un premier calculateur analogique, l’OME 11 (pour Opérateurs Mathématiques Electroniques), qui préfigurera une série d’autres modèles, Si la plupart sont destinés à des applications militaires, certains modèles connaissent un succès commercial notable dans le civil. En tout près de 200 exemplaires sont vendus y compris à l’international avec des applications variées dans les domaines de la simulation physique, nucléaire et hydrodynamique. Les simulations de vol du futur supersonique Concorde sont notamment réalisées sur de tels calculateurs mis en batterie.
De l’analogique au numérique
A partir de 1951, la SEA développe des CUBA (Calculateur Universel Binaire de l’Armement), désormais en format numérique.

En juillet 1955, la SEA livre aux services secrets français un calculateur destiné à cryptographier leurs échanges.
Une série de calculateurs numériques de type CAB va suivre, ils sont destinés également au secteur civil. Ainsi, un ordinateur à bandes magnétiques, est conçu en liaison avec le Crédit Lyonnais, puis, c’est le tour d’un petit calculateur scientifique et enfin du CAB500 qui préfigure l’ordinateur personnel.
La fin de l’indépendance
Le nouveau secteur technologique stratégique est bien sûr suivi de près par l’état français qui va chercher à coordonner les efforts des différents entreprises industrielles.
Raymond s’efforce de préserver une certaine liberté de manoeuvre mais ne peut échapper à des tutelles successives.
En 1958, la SEA devient une compagnie du groupe Schneider et forme avec une des filiales du groupe la Société d’Exploitation des Procédés SEA (la SEPSEA) pour commercialiser leur production.

En 1963, un accord est conclu avec La Compagnie des Machines Bull qui commercialisera le CAB500 et absorbera certaines activités de la SEPSEA.
Cet accord, fait partie du premier essai de concentrer l’industrie française de l’informatique. Les ventes de CAB500 par Bull n’atteignent pas les objectifs et bientôt Bull tombe entre les mains de l’américain General Electric.
La SEA, en tant qu’entreprise autonome fusionne en 1966 au sein d’un nouveau groupe baptisé CII.
L’aventure du pionnier informatique se termine pour le site de Courbevoie en 1967.
François-Henri Raymond quitte la compagnie pour accepter un poste de professeur au CNAM. Il décèdera en novembre 2000.
Pour des informations plus complètes sur la SEA:
- http://www.feb-patrimoine.com/projet/sommaire_histoire/sea_summary.htm
- Wikipedia: François-Henri Raymond
- Wikipedia: la SEA
- Musée de l’informatique de La Défense (avec tous mes remerciements à son fondateur Philippe Nieuwbourg )
