Eugène Charles Caron (1834-1903) dit Eugène Caron est un baryton français qui a connu une grande célébrité dans la deuxième moitié du XIXe siècle
Fils d’un ouvrier cordonnier, il est né à Rouen le 4 novembre 1834 et ses origines sociales ne le prédisposent pas à devenir un chanteur d’opéra reconnu, mais Caron « montra dès son enfance un goût très prononcé pour la musique ». (Encyclopédie Larousse)
Il épouse d’abord une humble repasseuse, Émilie Truelle, et devient employé à la préfecture de Seine-Inférieure.
Avant d’être connu comme chanteur, il était appointé comme employé dans les bureaux de la Préfecture de la Seine-Inférieure, où il exerçait les hautes fonctions de commis expéditionnaire.
Le jeune Caron resta treize ans dans l’administration. Entré à la Préfecture le 15 septembre 1848, il en sortit le 30 avril 1861. Il est vrai qu’il avait fait son chemin pendant ce temps-là, et qu’il était chef de bureau après avoir successivement passé par tous les grades.
Le lendemain même de son départ pour Rouen, nous le retrouvons à Paris, au Conservatoire de musique, en qualité d’élève externe. L’ex-chef de bureau s’était tout à coup décidé à courir la chance d’une nouvelle carrière. En moins de trois mois, du reste, il passait de brillants examens, obtenait le premier prix de chant, et était définitivement admis au Conservatoire à titre de pensionnaire.
Au concours suivant (juillet 1862), M. Caron obtenait le premier prix d’opéra. Il était l’élève de M. Laget pour le chant, et de M. Levasseur pour la déclamation lyrique.
Le lauréat fut immédiatement engagé à l’Opéra, où il débuta brillamment le 22 septembre de la même année, dans le Trouvère. A partir de ce moment, M. Caron marcha de succès en succès. Il suffit de rappeler quelques-uns de ses principaux rôles : Asthon, de Lucie de Lammermoor ; Guy de Montfort, des Vêpres siciliennes ; Raimbauld, du Comte Ory ; Mazetto, de Don Juan ; Nelusko, de l’Africaine ; Kéleau, de Freischütz ; Alphonse, de la Favorite ; Nevers, des Huguenots, etc.
Il y a aujourd’hui douze ans que M. Caron est à l’Opéra, et son succès, loin de diminuer, grandit, pour ainsi dire, tous les jours. (T. Faucon, le Nouvel Opéra, 1875)
Il débuta à l’Opéra, le 22 septembre 1862, dans le rôle du comte de Luna, du Trouvère.
Son succès fut réel, car sa belle voix de baryton élevé ressortait à son aise dans ce rôle que redoutent certains grands chanteurs, parce qu’il faut mettre toute voix de tête de côté et attaquer franchement, en pleine poitrine, cette énergique musique de Verdi.
Depuis lots, chaque année, Caron a chanté ce rôle successivement avec Maurel et Devoyod. Il le tient bien également comme comédien ; toutefois, je lui reprocherai un peu d’exagération dans le geste.
Les deux autres rôles les plus importants dans lesquels Caron s’est fait remarquer, sont Nevers des Huguenots, et Mazetto, de Don Juan.
Dans Mazetto, qu’il créa à l’Opéra, lors de la grande reprise de Don Juan, il y a cinq ans, il fut tout à fait hors ligne. Pour ma part, je n’ai jamais vu ce rôle aussi complètement interprété, soit aux Italiens, soit au Théâtre-Lyrique.
Cette création seule suffirait pour classer Caron parmi les artistes les plus précieux de l’Académie nationale de musique.
C’est d’ailleurs, comme je le disais plus haut, dans les rôles épisodiques que Caron tient une place exceptionnelle à l’Opéra. Avant de créer Nevers dans les Huguenots, il chantait supérieurement, comme simple coryphée, au troisième acte de cet admirable chef-d’œuvre.
A la reprise du Freischütz, en 1870, il donnait une importance réelle à un personnage secondaire, par la façon délicieuse avec laquelle il chantait les couplets ravissants du premier acte.
Et, qu’on ne s’y trompe pas, tous les grands maîtres affectionnent particulièrement ces chanteurs de mérite qui font ressortir les beautés, trop généralement sacrifiées de leurs magistrales compositions.
Caron, avec son excellente voix de baryton, d’un timbre très éclatant, extraordinairement élevé, avec sa méthode correcte et sûre, nous a plusieurs fois déjà, et avec une réelle autorité, traduit la pensée intime des maîtres dans ces parties d’opéras regardées à tort comme secondaires. C’est pourquoi nous le tenons pour un artiste de valeur et trop intelligent pour ne pas préférer conserver à l’Académie nationale de musique une position de second ordre plutôt que de chercher sur les premières scènes de province et dans les grands emplois, des succès qui ne sauraient pourtant lui manquer.
A Paris, il se fait une position à part ; il se rend indispensable, il ne s’use pas ; et quand l’occasion se présente, il sait prouver que, comme bien d’autres, son nom pourrait s’étaler en grosses majuscules en tête de l’affiche.
Un exemple à l’appui de cette assertion.
En juin 1870, il chanta à l’improviste le rôle d’Alphonse dans la Favorite. Il y fut excellent, surtout au point de vue musical. Sans doute il ne pouvait prétendre à tenir complètement la place de Faure qui, particulièrement dans ce rôle n’a jamais eu de rival (pas même à mon sens, Barroilhet qui le créa), mais il se montra de taille à se mesurer avec tout autre chanteur.
Je serais compositeur dramatique, Caron est du nombre des exécutants en qui j’aurais confiance et dont je réclamerais le concours. S’il n’a pas toute la prestance désirable, il a le jeu intelligent. Son éducation musicale a été soignée. Son organe a de la sonorité, de la souplesse au besoin, ainsi que le prouve la façon si complète avec laquelle il a su traduire les intentions si opposées, rendre les effets vocaux si différents chez Mozart et Verdi, en interprétant avec supériorité Mazetto, de Don Juan, et le comte de Luna, du Trouvère.
(Félix Jahyer, Paris-Théâtre, 09 octobre 1873)

Devenu veuf, il se remarie avec la chanteuse lyrique Fanny Keller
Il prend sa retraite en 1886 et est pensionnaire de l’Association des Artistes dramatiques. Il est nommé officier d’Académie en 1888 et officier de l’Instruction publique le 1er janvier 1900.
Après avoir habité rue La Bruyère à Paris, il s’était installé en 1893, 33 rue de l’Ouest à Courbevoie, puis apparemment avait déménagé au numéro 51, c’est là qu’il décède en 1903 à soixante-neuf ans.
En son honneur, la municipalité décide de donner son nom à la rue de l’Ouest.
La presse lui rend hommage :
Nous enregistrons avec regret la mort d’un excellent artiste, Eugène Caron, qui fournit à l’Opéra une carrière longue et particulièrement honorable.
Doué d’une excellente voix de baryton dont il savait se servir non seulement avec goût, mais avec style, comédien souple et habile en même temps que chanteur solide et exercé, Caron avait malheureusement contre lui un physique ingrat et pauvre qui lui interdisait certains rôles exigeant surtout de la représentation. Il joua cependant la Favorite non sans succès, mais il était excellent surtout dans le Masetto de Don Juan.
En réalité, il rendit de grands services à l’Opéra pendant son long séjour à ce théâtre, parce que, connaissant à fond son répertoire, il était prêt à tout et apte à tout. Ce fut non seulement un artiste de talent, mais un serviteur modèle. Il s’était retiré il y a une dizaine d’années, et vivait tranquillement à Courbevoie. Il était âgé de 68 ans.

Le Ménestrel, 27 décembre 1903
Nous apprenons la mort de M. Eugène Caron, qui a succombé dans sa soixante-neuvième année, aux suites d’une courte maladie.
M. Eugène Caron avait fait une belle carrière à l’Opéra. Ses qualités de comédien et le charme de sa voix de baryton lui avaient fait une place enviée. Pendant près de vingt années, aux côtés de Faure, il avait chanté le répertoire, et il avait laissé à l’Opéra le souvenir d’un excellent artiste sûr, consciencieux — et d’un camarade exquis.
Depuis quelques années, M. Eugène Caron vivait retiré à Courbevoie. Il ne sortait guère de sa retraite que pour prêter son concours à toutes les œuvres de charité, et son concours était toujours désintéressé et toujours efficace. Sa présence aidait à la recette ; elle élevait singulièrement le niveau artistique des concerts et des matinées de bienfaisance pour lesquels on la sollicitait sans cesse.
Le Monde artiste, 27 décembre 1903
Sources
- Site Art Lyrique : Caron Eugene
- Gallica/BNF : Eugène Caron (1834-1903)
