Courbevoie dans la guerre: le bombardement du 31 décembre 1943

Déjà traumatisés par le bombardement du 15 septembre 1943, les Courbevoisiens vont subir un deuxième choc à la veille de la nouvelle année.

Les cibles

Cette fois-ci, ce sont les usines de roulements à billes SKF – CAM qui sont visées et de nouveau Air-Equipement et Hispano-Suiza à Bois-Colombes.

Les usines d’Ivry sont également ciblées. L’imprécision des frappes fait que des bombes éclatent aussi à Charenton, à Alforville et Vitry.

A 11h45, la DCA entre en action.

La fin d’alerte a lieu à 12h45.

Le raid aérien

Environ 120 bombardiers B-17 sont engagés dans l’opération.

Les B-17 sont désormais escortés par 74 P-38, 441 P-47 et 33 P-51 de la 9é Air Force.

Un B-17 sera abattu, ainsi que deux P-47, un P-51et un P-38. Une quinzaine de membres d’équipage périssent. Au cours du raid, ils abattent 9 appareils allemands.

Photo du bombardement prise d’un avion américain (source US National Archives) – colorisé IA

Le commandement américain est persuadé de la précision des bombardements. Au sol, c’est une autre affaire. Une pluie de bombes s’est abattue sur Courbevoie, Bois-Colombes, Asnières-sur-Seine et la Garenne-Colombes, sans parler de la banlieue sud.

Les victimes et les dégats

Le bilan global du raid se monte à plus de 500 blessés et 300 morts.

La gare de Bécon côté place Sarailh – Collection Michel Jouanneau – colorisé IA

Le quartier de Bécon a été sévrement touché. La gare est à moitié détruite et des immeubles de la place Sarailh sont détruits ou très endommagés.

La gare de Bécon côté rue Madiraa – Collection Michel Jouanneau – colorisé IA

Le cinéma Bécon Palace, les studios Jacques Haïk, la rue Ambroise Thomas ont subi des dégâts considérables.

Les studios Jacques Haïk rue Lalyre- Collection Michel Jouanneau

 

 

Le secteur de la gare de Bécon côté Courbevoie – Collection Michel Jouanneau – colorisé IA

Les commémorations

Comme pour le bombardement de septembre, on rend hommage aux victimes au cours d’une cérémonie relativement tardive puisqu’elle n’a lieu que le samedi 17 juin 1944. la presse officielle s’en fait l’écho:

« Hommage au dévouement

Des distinctions officielles sont remises aux sauveteurs de Courbevoie

Dans les heures tragiques que nous vivons, des hommes, des femmes de toutes conditions sociales, animés de l’esprit de sacrifice et de dévouement, viennent quotidiennement en aide à leurs malheureux compatriotes.

Ces hommes appartiennent à cette foule d’anonymes casqués, revêtus de combinaisons marron. Ce sont les volontaires de la Défense passive.

Ils ont un idéal : servir. Servir en toutes circonstances, jusqu’au sacrifice suprême. Bien souvent, le sang des sauveteurs s’est confondu avec celui des assassinés.

Peut-il être donné un plus bel exemple que celui des sapeurs pompiers, des membres de la D.P. de Caen, qui ont tous trouvé la mort en accomplissant leur devoir ?

C’est à de tels hommes que la municipalité de Courbevoie, dirigée par M. Grisoni, a rendu, samedi dernier, un vibrant hommage en présence d’un représentant du gouvernement, M. Pierre Cathala, et des hautes personnalités du département : MM. Bussières, préfet de police ; Bourrel, préfet de la Seine ; Taittinger, président du Conseil municipal de Paris ; Camille Giraud ; Follet, directeur général de la Défense passive ; Lacombe, préfet délégué au S.I.P.E.G., etc.

Simple cérémonie, sous le marché couvert Gravet, place de l’Hôtel de Ville, décoré pour la circonstance de banderoles et de drapeaux tricolores. Tous ceux qui allaient être à l’honneur se trouvaient là : familles des tués, blessés, pompiers, membres de la D.P.

Après La Marseillaise, M. André Grisoni, maire de Courbevoie, a dépeint l’héroïsme de chacun pendant les deux terribles bombardements anglo américains de septembre et de décembre 1943. En des termes émouvants, il a remercié, au nom de la municipalité et de la ville de Courbevoie, les héros de ces nuits tragiques.

MM. Bussières, Taittinger, Bouffet ont adressé, au nom de leurs départements respectifs, un appel à l’union de tous les Français derrière le gouvernement légal de la France, donnant en exemple ces jeunes qui ont trouvé la mort en service commandé.

M. Pierre Cathala, ministre des Finances, au nom du gouvernement français, a rappelé à l’auditoire :

— Nous vivons des heures cruelles. Nous pourrons en vivre de plus cruelles encore. Grâce aux combattants de la Défense passive, grâce à leur esprit d’abnégation, la France peut retrouver confiance en elle même. Les anciennes vertus qui ont fait d’elle un grand pays revivent en ces hommes, jeunes et vieux, qui portent aujourd’hui fièrement le casque et le brassard de la D.P. Ils défendent l’honneur national. Avec eux, les Français doivent se retrouver.

Texte de la presse de propagande – Document Musée Carnavalet

M. Pierre Cathala, après avoir évoqué la haute figure du maréchal Pétain, a affirmé que le président Pierre Laval, maire d’une commune toute proche, Aubervilliers, aurait voulu être témoin de cette cérémonie.

— Il est de cœur avec vous dans cette manifestation patriotique et il a confiance dans la population de Paris et sa banlieue pour qu’après la guerre — qu’il a toujours combattue — la paix refleurisse sur vos cités meurtries.

Au nom du gouvernement, du département de la Seine et de la ville de Courbevoie, MM. Cathala, Bouffet, Bussières et Grisoni ont procédé à la remise des distinctions aux sauveteurs qui se sont particulièrement distingués lors des deux nuits tragiques.

Affirmant ainsi qu’il n’y avait qu’une même et grande agglomération parisienne, liée par le même destin, par les mêmes souffrances et par la même espérance. »      Ch. GastautL’œuvre – 19 juin 1944

 

 

Sources complémentaires:

  • RetroNews