En 1943, Courbevoie comme ses communes limitrophes compte un certain nombre d’usines stratégiques. Le 15 septembre, l’aviation alliée bombarde le secteur. Ce premier bombardement est suivi d’un second le 31 décembre.

Les cibles
Les usines stratégiques sous contrôile de l’occupant sont nombreues dans le secteur de Courbevoie. Dans la ville même, on trouve les Lampes Z, Bronzavia (actif sur plusieurs sites), Air‑Équipement, en bord de Seine, le grand complexe industriel de Bloch/Dassault. Juste à côté; sur la commune de Bois‑Colombes; existe une autre site Air‑Équipement et surtout la cible majeure de Hispano‑Suiza.
Les opérations de bombardement
C’est l’US Air Force qui va se chatger des bombardements.Le 15 septembre, les sirènes déclenchent l’alerte à 19h30. Dix minutes plus tard, la DCA commence à tirer. D’après certains témoignages, un poste de la flak allemande aurait été implanté sur le toit du lycée Lapie.
Quarante forteresses volantes B-17 appartenant au 96e BG, 337th Heavy Bombardment Squadron’s B-17G bombardent le secteur. Elles viennent d’une base de la RAF située à Snetterton Heath à Norfolk dans l’ouest de l’Angleterre.

Un des bombardiers américains, le Pat Hand (42-30607) est abattu au-dessus de La Garenne. Le pilote Kenneth E. Murphy, le copilote John Elmer Young, le navigateur David Lachterman, le bombardier Myron Newell, l’ingénieur Vernon Clark Mullin, l’opérateur radio Fred Edmund Sheldon, le mitrailleur de tourelle ventrale Raymond Orloski, le mitrailleur de flanc Clarence Bernard Heidrich, le mitrailleur arrière William Phillip Mings et l’observateur pilote John Howard Jackson, qui avaient rejoint l’équipage pour cette mission, ont tous été tués au combat. Le mitrailleur de flanc Sol Ferrucci a été le seul survivant. (Source Facebook)

Les bombardements du 15 septembre touchent également Boulogne-Billancourt et Versailles.
La fin d’alerte est signalée à 20h40.

Les victimes et les dégâts
Les dégâts industriels sont considérables: un train en gare de Bécon est détruit, les usines , Bronzavia, Lampez Z, Air Equipement, La Licorne, Delage, Berliet et Guerlain sont touchés. (Lire le témoignage de Nicole Rivière sur Guerlain).

Le bombardement s’est fait à haute altitude, ce qui explique la dispersion des points d’impact sur l’ensemble de la ville. Ainsi, le stade, le lycée Lapie (collège de filles Vigny), la poste centrale ont été sérieusement endommagés.



La presse sous contrôle de l’occupant ne manque pas de détailler les effets du raid.
« Courbevoie
C’est l’importante commune de la proche banlieue qui a été la plus durement touchée par les bombes que les « libérateurs » anglo américains ont jetées hier soir sur Paris et sa région.
Aussitôt la Seine traversée, le long du boulevard de Verdun, artère principale de Courbevoie, on reste atterré par le terrible spectacle : les immeubles bordant le boulevard ont été presque tous plus ou moins atteints. Certains sont complètement effondrés.
Dans l’agglomération de Courbevoie — à laquelle touchent Bois Colombes, Asnières, Puteaux et Levallois — on compte de nombreux immeubles entièrement détruits, et la plupart des boutiques des artères sinistrées ont leurs rideaux de fer déchiquetés ou soufflés.
Nombreuses victimes
Le chiffre des blessés transportés dans divers hôpitaux de la région après la destruction du grand nombre d’immeubles n’est pas encore exactement connu, mais il dépasse 350, sans compter les postes de secours installés en plusieurs endroits, notamment rue Aristide Briand.
Le marché Gravey en face de la mairie, a été transformé en chapelle ardente et la file des cercueils s’allonge sans cesse.
La mairie, transformée en chapelle ardente, voit la file des cercueils s’allonger sans cesse.
Autour des 111 points de chute repérés jusqu’à présent à Courbevoie, une foule anxieuse circule. Chacun demande des nouvelles : une mère, un enfant, un ami dont on est sans nouvelles depuis l’alerte.
Un doute épouvantable plane : quinze cadavres, dont dix de femmes, n’ont pu être identifiés. Certains ne pourront jamais l’être, tant ils sont méconnaissables.
Plusieurs personnes sont encore sous les tonnes de matériaux accumulées en certains endroits, et l’espoir de les dégager vivantes anime les sauveteurs, dont les pelles et les pioches résonnent inlassablement.
De nombreux immeubles ont reçu des projectiles en plein fouet. Les façades sont éventrées, et un important service d’ordre en défend l’approche : des pans de murs de plusieurs mètres de haut menacent de s’écrouler.
On a retrouvé sept cadavres de parachutistes anglo américains sur le territoire de la commune. rue du Château, les débris d’un avion abattu contiennent encore le cadavre d’un aviateur. La foule ne cache pas son indignation devant la sauvagerie de l’attaque. »
« L’exemple réconfortant des sauveteurs
Mais à côté de ces images de désespoir et d’horreur, qui ont été creusées dans la chair et dans le sang, il en est d’autres, réconfortantes, et qu’il ne faudra pas non plus oublier. Ce sont celles des sauveteurs qui n’ont cessé, depuis le bombardement, de fouiller les ruines et de se battre avec le néant. Douze d’entre eux, des jeunes gens, qui attendaient à Courbevoie, sous les bombes, le moment d’intervenir, sont tombés à leur poste et furent littéralement écrases. Les autres, aux côtés des pompiers, de la Croix-Rouge et de tous les services de secours, accomplissent leur tâche avec acharnement et la lueur que l’on voit dans les yeux des hommes qui vont monter à l’assaut brille dans les yeux de ces jeunes gens qui ont fait le sacrifice de leur vie. C’est le docteur Bertran, le chef du service médical. C’est Pass, chef d’arrondissement, qui a travaillé sous les bombardements dans tous les secteurs et a retiré des décombres de nombreux corps Baudot, qui s’est dépensé sans compter à Asnières Martin, chef de section spéciale de défense passive pour les premiers secours, qui a rempli sa mission sans se soucier du danger Marcadet et Backes, tous deux blessés à Courbevoie Antilio, qui a pendant trois jours et trois nuits fouillé les décombres. Ce sont Mlles Barthélémy, Thévenon, Closet et Boussou, dont le dévouement et le courage ont fait l’admiration de tous et qui méritent la reconnaissance du pays. » Le Matin, 18 sept. 1943
Parmi les jeunes de la défznse passive tués ce jour-là figure Nathalie Nokovitch.

Le bilan des deux bombardements dressé en 1945 fait état de 211 blessés, 291 morts, près de 700 habitations touchées et 9000 sinistrés.

Des images des dégâts causés sont diffusées par le Journal France Actualités du 24 septembre 1943 (document INA)
Les cérémonies
Courbevoie fouille les décombres et enterre ses morts.
Une veillée funèbre a lieu et la cérémonie d’enterrement des victimes se déroule en présence d’officiels, en particulier, André Grisoni, maire de Courbevoie et proche de Laval.
« Les obsèques des victimes du raid anglo américain dans le marché couvert de Courbevoie transformé en église
Paris, 30 septembre. — Dans toutes les communes sinistrées et à Paris ont eu lieu samedi matin, à 10 heures, les obsèques des victimes du dernier raid anglo américain. Sous un ciel bas et gris, chaque commune, célébrant ses propres deuils, a su donner à la cérémonie — sur les lieux mêmes, et non loin des ruines — un caractère à la fois solennel et intime, qui faisait du deuil des sinistrés le deuil de tous.
À Courbevoie, qui est la commune la plus éprouvée par le bombardement, le marché couvert a été transformé en une vaste chapelle, où ont été alignés, sur les côtés, 60 cercueils. Parmi ces corps, six n’ont pu être identifiés.

Devant le marché couvert, l’hôtel de ville est décoré sobrement. Du balcon de l’édifice municipal, le drapeau est en berne.
Aux abords de cette église improvisée, sur les lieux mêmes où se déroulait, il y a quelques jours encore, la vie familière de la ville, des haies de jeunes gens et de jeunes filles dirigent la foule des parents et des amis venus témoigner, très nombreux, leur sympathie aux familles des victimes.
À 10 heures, M. Grisoni, maire de la ville, reçoit les premières personnalités. Prennent tour à tour place devant l’autel :
- le général Brécard, grand chancelier de la Légion d’honneur, représentant le chef de l’État ;
- M. Cathala, ministre des Finances, représentant le gouvernement et plus particulièrement M. le président Laval ;
- M. Bouffet, préfet de la Seine ;
- les représentants des ministres de la Production industrielle, de l’Agriculture, du Travail, de l’Instruction publique ;
- le représentant de M. de Brinon, ambassadeur de France ;
- M. Olivier Martin, secrétaire général à la Jeunesse.
À 10 h 30, arrive le cardinal Suhard, archevêque de Paris, qui est conduit à sa place par M. Grisoni. La cérémonie commence aussitôt.
L’absoute est donnée par le cardinal Suhard, qui, par deux fois, fait le tour de la chapelle : — la première fois pour jeter vers chaque cercueil de l’eau bénite ; — la seconde fois pour balancer sur tous l’encensoir.
Après la cérémonie eut lieu l’émouvant appel des morts.
Les corps ont été chargés dans des voitures mortuaires pour être conduits au cimetière de Courbevoie. L’Action française, 21 sept. 1943″
Un deuxième bombardement attend Courbevoie le 31 décembre 1943.
- La liste détaillée des points d’impact peut être consultée ici

- Consultez les témoignages des Courbevoisiens recueillis par le Grenier de Courbevoie sur les bombardements et envoyez-nous les vôtres.
Sources complémentaires:
- RetroNews
- Musée de la Libération de Paris – musée du Général Leclerc – musée Jean Moulin
